Depuis cinquante ans que nous sommes mariés, c'est la première fois que l'ouverture de la chasse n'a pas été un évènement monopolisant la quasi totalité des conversations à la maison.

Peut-être est-ce un effet de l'âge, des soucis de santé ainsi que le stress occasionné par les occupations professionnelles de chacun? Mais,voici quelques années  les jours précédents cette ouverture procuraient à notre équipe de chasseurs une excitation joyeuse plusieurs jours à l' avance.

Cette année, Robert se retrouve seul  avec Bruno.

Robert a de préférence, toujours été un chasseur solitaire ou seulement accompagné d'une ou deux personnes.

Voici quatre ou cinq ans, il n'avait pas voulu trop avoir l'air de faire bande à part et nous nous retrouvions chez un neveu qui habite la commune où se trouve le lieu de chasse, pour un repas commun avec d'autres chasseurs du coin.

Cependant, cette façon de faire  ne convenait pas à Robert.  Trop de monde, trop de chiens, pas assez de liberté personnelle....

La mentalité des chasseurs de cet endroit l'horripilait. Pour lui, la chasse est un défi entre le chasseur et le gibier. Pas un rapport !Il gare sa voiture sur un parking et circule à pieds sur le lieu de chasse. Il lui arrive de faire facilement jusqu'à 20 km dans la matinée.

Les bois sont son "royaume" ! Les "passes" longeant les champs de maïs ou autres cultures font facilement 2,3,voire 4 km pour rejoindre les bois.Il les fait à pieds, son chien entrant et sortant des maïs, Bruno, de l'autre côté du champ avançant au même rythme.

Le problème s'est posé, lorsque, au fil du temps, certains chasseurs du lieu, se sont servi de leur 4/4 pour parcourir ces passes et arriver ainsi sur les endroits où le gibier qu'ils avait repéré les jours précédents avait le plus de chance  de se trouver. Rien de très sportif dans cette façon de chasser! 

Ils ne s'écartent pas beaucoup de leurs véhicules et le bruit de leurs moteurs est incongru sur ces lieux habituellement si calmes.

La cohorte de trois ou quatre 4/4 qui roulent à tombeaux ouverts sur les passes, pourtant interdites aux véhicules, rend Robert complètement fou!!!

Pour le début de la saison de chasse, celà passe encore, car, et celà a fini par créer une certaine tension, sans aucune prétention, le butin de la journée de chasse était toujours à l'avantage de "mes" chasseurs. Ce qui vexait quelque peut les autochtones, pourtant, en moyenne, nous leur laissions souvent  plusieurs pièces, car Robert et mes fils ne chassent pas pour le profit.

Nous ne mangeons pas beaucoup de gibier, à part la bécasse, les grives (vrai gourmandise pour tous!) et si ils en tue, un ou deux lièvres dont je fais un civet!

Mais, le gibier d'ouverture , s'il procure beaucoup de bien aux chiens pour se mettre en forme, ne passionne pas exagérément Robert et son fils.Leur passion, c'est la chasse à le bécasse qui ne commence que vers la mi-octobre.

Donc, petit à petit, ils ont recommencé à chasser seuls, et ont changé leur coin pour pratiquer , à leur façons ce qu'il considère comme un sport.

Robert a eu des mots avec ces chasseurs qui pour lui , n'en sont pas, et nous n'avons plus partagé les repas du jour d'ouverture!

Plus que la quantité, c'est la qualité de la partie de chasse qui  est importante pour eux.

Il respecte le gibier, celà peut sembler bizarre, mais, après tout, un faisant tué d'un coup de fusil, ce n'est pas pire qu'un poulet tué et saigné en batterie !

Quand à une bécasse, ce n'est pas pour rien qu'un "bécassier" a une réputation supérieure à celle du chasseur ordinaire.

C'est sa chasse préférée et il peut en parler des heures, d'ailleurs il ne s'en prive pas! Il est intarissable sur le sujet et la connivence qu'il a avec la chienne qui chasse avec lui est impressionnante. Il est connu et réputé pour sa droiture et ses connaissances cynégétiques. 

Donc, cette année, petit butin ; un faisan et une caille !! Les chiennes sont contentes, juste une matinée de chasse , celà fait une mise en forme tout en douceur.

D'habitude, Robert chasse toujours le lendemain matin de l'ouverture, mais cette année il n'y est pas retourné, pas trop en forme. Celà, plus qu'autre chose me peine car ce n'est vraiment pas son habitude. J'espère qu'il va y aller mercredi. Pas pour le gibier, je m'en fiche royalement, mais surtout pour qu'il se sente assez bien  pour partir avec sa chienne!