20 mars 2013

Justement ! Si l'on parlait de mon époux !

Dans une note Lili parlait des visiteurs qu'elle avait pû voir sur ses statistiques. Je n'avais jamais eu l'idée de cliquer sur ce mot. J'y suis donc allé voir.Puis, j'ai cliqué sur géographie  et je suis étonnée de voir que certains lecteurs viennent de Belgique, Maroc Etats-Unis etc......... . Il y a aussi des internautes inconnus qui lisent et ne commentent pas.  C'est peut-être idiot, mais celà me fait bizarre. Je n'ai pas fini de découvrir toutes les possibilités d'internet !

 Après ces réflexions hautement profondes et intéressantes, passons à la suite....

 

 

         Justement ! Si l’on parlait  de mon époux !

 

J’ai rencontré Robert lors d’un bal, un dimanche après-midi. C’était la seule sortie qui m’était autorisée (et encore pas tous les dimanches) bien que je travaille très dur à l’usine de chaussures près de chez nous. Je ne peux pas dire, de mes parents qu’ils étaient « cool ». Pas du tout ! C’était carrément plutôt l’inverse ! Il faut savoir que dans les années cinquante-cinq, j’avais seize ans et les critères d’alors en matière d’éducation, n’avaient rien à voir avec ceux de notre époque. Robert, lui, en avait dix-huit et c’était un garçon, ce qui changeait tout, évidemment ! Il travaillait dans une scierie et le samedi et le dimanche il cumulait d’autres emplois. Déjà, il n’économisait pas sa peine : il cassait des poteaux électriques en ciment pour en extraire le fer torsadé qui se trouvait à l’intérieur. Celui-ci était ensuite utilisé en maçonnerie. Pour casser ces poteaux, il utilisait une masse et avait souvent les mains pleines d’énormes ampoules. Durant l’été, il travaillait aussi avec un artificier pour tirer les feux d’artifices. Il y avait longtemps qu’il travaillait et, bien sûr, il jouissait d’une liberté totale depuis tout aussi longtemps. C’était alors l’ une des prérogatives du sexe masculin. Il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre pour quelles raisons les filles de ces années- là, auraient préféré naître garçons !

Nous sommes tous les deux issus de ce que l’on appelait alors, avec beaucoup de commisération, une famille nombreuse ! Imaginez, une fratrie de dix enfants chez lui et de huit chez moi. Avec le recul, je ne peux m’empêcher de plaindre nos mères ! Pourtant, si la vie était dure, je n’ai pas souvenir que nous nous soyons apitoyés sur notre sort. Peut-être que la très grande tendresse qui régnait au sein de ces familles, justement nombreuses, compensait le manque de moyens auquel nous étions habitués, et nous a appris, peut-être pas à tous, mais pour Robert et moi ce fut le cas, la solidarité familiale. Nous avons fait tout notre possible pour inculquer à nos garçons, ce même esprit.

Nous fêterons au printemps prochain nos noces d’or. Au vu de ce qui se passe autour de nous, je pense qu’un couple de vieux mariés comme nous, sera bientôt une espèce en voie de disparition !

Lorsqu’il est revenu d’Algérie après avoir passé vingt-huit mois sous les drapeaux, nous nous sommes mariés et il est entré à la Société Lyonnaise des Eaux : la SLEE. Il y a commencé comme simple terrassier, rémunéré à la tâche (on disait aux pièces) Il devait creuser une tranchée de cinq mètres de long dans n’importe quel sol, pour poser les canalisations d’eau. Plus il ouvrait puis refermait de tronçons de cinq mètres, plus il gagnait d’argent. Au bout de trois ans de ce travail harassant, il fut rémunéré au mois avec un salaire fixe, puis une année plus tard stagiaire, puis encore une année et, enfin titulaire. Son but était atteint. Ayant travaillé très jeune, il est bien évident qu’il n’avait pas suivi de formation particulière après le certificat d’études primaires. Il a toujours compensé ce qu’il ressentait comme un manque, par un travail acharné. De taille modeste, en gros soixante et un kilos (à l’époque) il s’est retrouvé en compétition avec des hommes beaucoup plus corpulents. Rapidement, il s’est forgé une réputation de bosseur sur lequel on pouvait compter, aussi bien de jour que de nuit. Il était toujours volontaire. Ainsi, il a assuré à notre famille la sécurité et nos enfants n’ont jamais manqué de rien. Il est ensuite passé plombier, puis « chef ouvrier ». Appellation qui m’a toujours amusée, mais c’était ce qui était porté sur son bulletin de salaire !

Sa politique éducative envers nos enfants, était en somme très simple. Outre un respect inconditionnel, il exigeait d’eux : honnêteté, vaillance, franchise et responsabilité de leur actes quelles qu’en soient les conséquences. Il leur a toujours fait confiance, et son comportement, par son exemple, leur a appris la droiture et d’autres qualités qui ont fait d’eux des hommes dignes d’estime. Comment aurait-il pu agir autrement ? Il n’a jamais su gérer quelle que soit la situation qui se présente, qu’une solution en ligne droite. Ne donnant que des réponses sans ambiguïté. Un accord amenait un oui, un désaccord se soldait par un non. Bien rares, furent les fois où il a changé d’avis ensuite, quoi qu’il lui en coûte !  J’appelle cela la qualité de ses défauts, car, parfois, cela frisait l’entêtement.

Avec le temps, j’ai appris à ne pas le heurter de front lorsque je voulais lui faire prendre la décision que je souhaitais. Je savais qu’ensuite, il ne reviendrait pas sur cette décision. Je crois que nous sommes, nous, les femmes, très adroites à ce petit jeu ! Le dicton ne dit-il pas : je suis maître chez moi, mais c’est ma femme qui commande !

Le truc est de tenter de commander, sans, surtout, en avoir l’air ! Bien que cela ne marche pas toujours, mais, on ne perd rien à essayer ! 

 

 

 

Posté par emiliacelina à 21:05 - Commentaires [12] - Permalien [#]