Bonheur et inquiètude réunis....

                                     

 LYDIE ...

 

Quel bonheur ! A moi les magasins en compagnie de la future maman. J’ai eu la chance de pouvoir tout partager ! Elle a choisi un landau gris et jaune. Quel que soit le sexe du bébé, cela conviendrait. Lors de la naissance de tous nos petits- enfants, notre premier cadeau a toujours été le landau. J’ai dû mettre un frein à mes envies de blanc et de dentelles, ce n’était plus de mise, les goûts avaient changé. L’air de rien, je lorgnais du côté des petites robes, juste au cas où ce serait une petite fille. Je me promettais bien dans ce cas, de me précipiter dans le magasin dès l’accouchement.

Le jour J, nous nous sommes retrouvés avec notre fils, dans le petit salon donnant sur le couloir qui menait à la salle d’accouchement. Le courageux et très viril papa, ne souhaitait pas assister à l’accouchement. Pendant qu’il fumait cigarettes sur cigarettes, j’ai pu assister aux préparatifs puis à l’injection de la péridurale. Quel merveilleux progrès ! Enfin ! Accoucher sans souffrir (ou presque) pendant que se diffuse, en sourdine, de la musique douce. Quand je pense à ce que l’on endurait pour donner le jour à nos enfants ! Une vraie souffrance, pourtant vite oubliée dès-que l’on nous plaçait, un instant, le nouveau-né dans les bras. Les anciennes avaient coutume d’appeler les douleurs de l’enfantement : le mal joli ! Oui ! Mais elles disaient aussi : si la femme portait le premier enfant et l’homme le second, il n’y en aurait pas de troisième !

Peut-être bien qu’elles avaient raison !

Lorsque la naissance a été imminente, je suis allée retrouver Eric, ses beaux-parents et Robert, dans le petit salon d’attente.

Quand la sage-femme a entr’ouvert la porte et cherché du regard le papa, nous, les grands-parents avons bien veillé à rester en retrait. D’ailleurs le papa en question était plus près de la porte que nous ; J’ai quand même bien tendu l’oreille pour entendre : C’est une petite Lydie ! Merveilleux ! Elle pesait deux kilos neuf cents grammes. Pas  un gros bébé, mais correct pour une petite fille.

Dès l’après-midi, Bruno s’était précipité à la clinique chargé de deux énormes compositions florales. Une, je comprenais, mais deux ! Ou alors, il avait voulu compenser l’absence de Pascal qui n’avait pas de permission ce jour- là ! Heureusement que les fleurs étaient alors autorisées, ce qui ne l’est plus de nos jours dans les cliniques.

Nous étions le 21 février 1986. En fin d’après-midi, nous étions, Eric et moi derrière la vitre, regardant Lydie dans la couveuse. Elle avait été placée sous « lumière bleue » car elle présentait un début d’ictère. Ce n’est pas rare chez les nouveau-nés,  mais pas si tôt après la naissance. C’était vrai que, malgré le halo bleuté, nous la trouvions, sans nous le dire, un peu jaune. Eric a bien remarqué, à l’écart, deux médecins qui conversaient, semblant se concerter à voix basse. Bien qu’il n’ait rien dit pour ne pas jouer les alarmistes, il a pressenti quelque chose d’anormal, persuadé que ces deux médecins parlaient de sa fille. Effectivement, il fallait faire une « exsanguino » à Lydie et la transporter à l’hôpital des enfants.

Toute la soirée, Robert et moi avons fait la navette entre la maman qui avait bien besoin de réconfort, l’hôpital qui, nous ne comprenions pas pourquoi tardait à réaliser cette transfusion, et Eric, qui, incapable de rester inactif et supportant mal son impuissance devant cette situation, avait préféré aller travailler. Cela lui ressemblait assez, dans les cas de stress extrême, on ne peut pas lui parler. Certaines personnes savent assurer par leur présence et leurs paroles les moments d’inquiétude, Eric, lui, se refermait et ne savait pas extérioriser ses sentiments. Donc, il a tout de même ouvert la boutique friterie devant la boîte de nuit. Inutile de vous dire que les clients avaient intérêt à oublier les plaisanteries habituelles.

Cela faisait deux fois que nous revenions à l’hôpital, et, comme nous nous inquiétions toujours au sujet de cette transfusion, le docteur de garde nous a expliqué qu’il attendait les poches de sang chauffé du groupe de Lydie. Dès qu’il les recevrait il la transfuserait sans tarder. Depuis le scandale du sang contaminé, l’hôpital n’utilisait plus que du sang chauffé pour les enfants. Rétrospectivement, on se dit avec angoisse si ce n’avait pas été le cas ? Je n’ose même pas imaginer le risque ! Un petit passage à la clinique (un portable alors nous aurait été bien utile !), par chance la personne de garde a bien voulu nous ouvrir un instant malgré l’heure tardive pour rassurer, si possible, un peu la maman, puis retour vers Eric. Avant de rentrer chez nous, il était aux environs de minuit, une dernière visite à l’hôpital nous a appris que la transfusion était faite. Le lendemain nous avons su que la petite avait, en plus un staphylocoque doré ! Elle allait devoir subir une série de piqûres. Pauvre chérie !

Il a fallu attendre presque un mois avant que Lydie puisse sortir de l’hôpital. Ensuite le bonheur ! Pas vraiment de problèmes particuliers. Elle a poussé tranquillement, sans nous causer de soucis, une merveilleuse petite fille..

Un amour, que j’ai eu la chance de garder très souvent étant donné l’emploi du temps de ses parents. Il ne pouvait y avoir qu’un parrain ! Le copain de toujours, Eric n°2. Juste retour des choses, notre Eric étant le parrain de Sébastien, le fils d’Eric n°2 ! La marraine sera Nicole, puisque c’était déjà la marraine d’Eric. On ne change pas une équipe qui gagne. Elle avait fait ses preuves avec le père. Oui, ils seront un bon parrain et une bonne marraine. Aucun doute à ce sujet ! Durant quatre ans, elle est restée fille unique, petite-fille unique, seule nièce de Bruno (qui, tous les soirs, lui apportait une pochette surprise) et Pascal : deux vrais tontons gâteaux, et, si elle n’était pas la seule, elle était quand-même la dernière arrière-petite-fille en date, de Mamie Mélia ! Bien que tout ce monde, gravitant autour d’elle, l’ai choyée comme une petite  reine, elle a toujours été facile à vivre.

 Même pas un brin

capricieuse et très, très affectueuse !!                        

marc et lydie en 91 006

Non ! Je n’ai pas de parti pris ! C’est la vraie vérité