11 avril 2013

Ma mère : Mamie Mélia !

 

 Je l'appelais  :  Mérotte !!

 

 Mamie Mélia...

 

Nos habitudes ne changent pas. Le soir nous retrouve sur le canapé, devant la télévision, à l’heure des informations. Ensuite ce sera le film. A moins qu’il y ait un match de foot, ou de rugby, ou encore plus, et alors là, pas de discussion possible, une retransmission de combats de boxe. Dans ces cas-là,   priorité à l’homme de la maison, c’est son choix qui prime !

  Mamie Mélia, comme à son habitude, est blottie dans son fauteuil,enveloppée dans un plaid douillet, semblant suivre le programme  sur l’écran.

Ses yeux se ferment de longs moments, mais elle n’ira pas se coucher. Pas question ! Elle ne dort pas ! Suivant le déroulement de l’intrigue, la bande musicale changeant d’intensité, elle entr’ouvre les paupières un instant, puis les referme, et, parfois, passe ainsi de la  fin d’un film au milieu du suivant sans s’en rendre compte !

Quelle que soit l’heure, elle n’ira cependant pas se coucher tant que nous n’irons pas nous même. Quoi de plus normal puisqu’elle n’a pas sommeil dit-elle !

Elle fait partie intégrante des souvenirs d’enfance et de jeunesse de nos enfants. Ceux-ci ont grandi avec une grand-mère à leur dévotion, soucieuse de satisfaire leurs moindres désirs, dans la limite, bien sûr, de ses moyens et n’ayant dans la vie d’autre but, que de les servir et partager avec eux de merveilleux moments. Née au début du siècle, elle n’a pas pu faire autrement que d’appliquer les principes liés à sa génération qui donnait au sexe dit fort, une prépondérance sur l’autre, qui, par opposition devenait le sexe faible. Inutile de vous dire la chance qu’ont eu nos enfants de naître garçons !

Pour elle, les rôles étaient bien définis. L’homme travaille , assure et subvient aux besoins du foyer. La femme se dévoue et doit veiller au bien être de chacun en toute priorité. Comme elle ne connaissait plus chez nous, les soucis financiers qui ont accompagné sa vie, elle a pu donner libre cours à  un dévouement sans faille envers nous tous.

 Première levée le mâtin, chacun trouvait son petit déjeuner servi selon ses goûts. La cuisine était son domaine et elle m’a beaucoup appris sur ce sujet.

Lorsque Robert rentrait du travail, le midi, si d’aventure le repas n’était pas prêt, elle culpabilisait, rougissante, et comme prise en faute, s’activait vivement, me houspillant au passage. Contrariée par ma décontraction face à ce retard, elle ne se gênait pas pour me le faire sentir.

Loto, jeux divers à gratter, tiercé, rythmaient les semaines de cette joueuse passionnée. Fermement persuadée que la chance lui sourirait un jour, elle rêvait de pouvoir nous offrir ses gains. Elle beaucoup joué, beaucoup espéré, rarement gagné ou si peu !

Valide jusqu’à ses quatre-vingt-neuf ans, elle a partagé avec nous, vacances, parties de pêche et tous les instants de notre vie, sans jamais se mêler indicrètement de notre couple.

Puis, inévitablement, l’âge a fait son œuvre et limité, puis empêché toute activité, du moins physique car elle a toujours apporté grande écoute et intérêt aux évènements de notre vie.

 Je me suis alors occupée d’elle, veillant avec dévouement à son bien-être. Elle a ainsi vécu avec nous, du fauteuil du séjour à sa chambre et de sa chambre au fauteuil du séjour.

Après sa dure vie de mère de huit enfants, grand-mère, arrière-grand-mère et arrière-arrière grand-mère, nous avons fait de notre mieux pour lui assurer une vieillesse heureuse.

Elle est partie doucement, l’année de ses quatre-vingt-seize ans. Elle a fermé les yeux pour la dernière fois, chez nous, dans son lit, et je suis heureuse de lui avoir évité l’hôpital pour ses derniers instants, celui-ci lui inspirant une véritable terreur.

 

mamie melia chapeau

 

 

 

 

Posté par emiliacelina à 21:02 - Commentaires [11] - Permalien [#]