L'important restait les enfants !

 

La suite est classique à tous les divorces. La belle-mère de mon fils, lorsque je me suis inquiétée de l’impact de cette séparation sur les enfants, m’a répondu :

-entre personnes intelligentes, cela ne doit pas poser de problèmes ! Si, sur certains sujets j’avais l’impression d’avoir été  flouée, c’est que j’avais été trop gentille avec sa fille ! J’avais eu tort ! Je n’aurais pas dû ! En ce qui me concernait, je ne voyais aucun problème, je n’étais concernée que par ricochet. Leurs problèmes de couple, si l’on pouvait appeler ça ainsi, ne nous regardaient pas.

Par- contre, pour les enfants, je maintiens que le problème est bien présent ! Les enfants sont malheureux, je peux vous l’assurer ! Leur enfance et leur adolescence sont perturbées. Chez certains, même leur personnalité d’adultes en est influencée. Dans un divorce, celui qui n’a pas choisi de se séparer, est obligatoirement malheureux, mais c’est un ou une adulte ! Les enfants, eux, subissent la situation !

Jordan, âgé seulement d’un an, a subi sans comprendre. Jimmy à quatre ans  a subi sans pouvoir choisir. Il voulait rester avec son père, et, bien sûr, ce ne fut pas possible. Les modes de garde ont souvent changé au fil des années suivantes, et toujours, Pascal a tout accepté pour avoir ses enfants le plus souvent possible.

Il a fallu, après de très nombreux passages chez le juge aux affaires familiales, attendre que les enfants aient treize et quatorze ans pour que Pascal en obtienne enfin la garde. Une situation reconnue légalement, bien qu’elle ait été appliquée officieusement très souvent. Leur mère s’étant remariée, les rapports des enfants avec le nouveau mari étaient difficiles.

Pascal a été malade durant deux ans. Pour se consacrer calmement à ses enfants, il a accepté le traitement prescrit par le médecin : antidépresseur, neuroleptique, somnifères. Enfin, la panoplie complète, car il tenait à ne pas avoir un comportement incontrôlé. Ses enfants sont devenus sa priorité. Depuis le départ de nos garçons, nous ne manquions pas de chambres vides. Pascal est resté chez nous. C’était plus commode pour les enfants. Jordan était encore un bébé et Jimmy n’avait que quatre ans ! De plus, il fallait terminer de vider la maison et la rendre nickel, pour tenter de récupérer la caution. Peine perdue! La caution a été perdue car le préavis de trois mois n’avait pas été respecté.            

Pascal ne vivait plus que pour les jours de fin de semaines, car il allait alors, chercher ses enfants. Il rentrait chez nous, Jimmy et Jordan, chacun sur un bras, agrippés à son cou, leurs petits visages blottis au creux de l’épaule de leur père. Dans un premier temps, Pascal, tendu, passait devant nous, sans un mot, et filait directement dans sa chambre. Un petit peu plus tard, rassérénés, le père et les petits venaient nous rejoindre, et la vie s’organisait en rapport de leurs présences, avec, toujours au fond du cœur, la pensée que ce n’était qu’une visite. Le temps passait si vite ! Les ramener deux jours plus tard, à leur mère, était une véritable épreuve, car Jimmy, s’il ne faisait pas jamais de caprice, assis sur le siège arrière de la voiture, laissait des larmes silencieuses couler de ses yeux d’enfant malheureux ! Jordan était trop petit pour comprendre, mais il calquait son comportement sur celui de son frère.

Et c’était reparti, pour vivre le même manège, quinze jours plus tard. Il y a eu aussi de longues périodes, où la garde des enfants s’organisait de façon alternée, une semaine sur deux .C’était mieux, les petits avaient le  temps de prendre leurs marques. Le revers de la médaille, c’est que le retour n’en était que plus difficile. Pascal acceptait tout ce qui lui permettait d’avoir ses enfants, ne serait-ce qu’un jour de plus !

Pascal, a, un jour, au croisement des deux routes, près de chez nous, marqué un temps d’arrêt pour laisser passer une voiture. La conductrice et Pascal se sont reconnus en même temps. Elle était une ancienne copine, du temps du collège. L’endroit n’était pas propice à une conversation prolongée. Elle l’a donc invité à venir chez elle, boire un café et discuter un moment.

Et c’est ainsi, que, de temps en temps, Pascal et Murielle se sont retrouvés. Elle était divorcée et avait une petite fille, Marine, du même âge que Jimmy, à un mois près. Elle avait une petite maison et travaillait très dur pour la conserver et élever sa petite.

Pascal avait pris l’habitude, d’aller, le soir, la voir quand il n’avait pas les enfants. Puis, après que l’habitude fut prise, il attendait que ceux-ci soient endormis pour aller y faire un petit tour. Nous étions là pour veiller sur eux. Notre fils estimait beaucoup la vaillance et le comportement de Murielle envers sa petite fille, qu’elle faisait toujours passer en priorité.

Jordan était quelque peu perturbé, il était sauvage et ne se laissait pas approcher par n’importe qui. C’était plus facile avec la gent masculine qu’avec la gent féminine. Robert faisait très attention à lui, c’était encore un bébé et il avait grand besoin de sécurité et d’amour.

Lorsque, un week-end, Pascal a parlé de son intention d’emmener les enfants avec lui, chez Murielle, pour une nuit, Robert lui a expliqué que Jordan était trop petit, qu’il fallait attendre un peu, que ceci, que cela…. Jimmy a donc, le premier été faire connaissance avec Murielle et Marine.

Murielle n’était pas encore venue à la maison, Robert restait dans l’expectative.

La situation s’est installée ainsi quelques temps, Pascal, après son vécu, avait du mal à accorder sa confiance de nouveau et restait réservé. C’est bien connu : chat échaudé craint l’eau froide ! Sa santé s’améliorait et il avait trouvé moyen de travailler un peu « au noir » comme on dit.

 Son inactivité lui pesait, et il était content de se sentir actif de nouveau !