Nous ne pensions pas, à l'époque, que nous serions encore là, ... et  surtout encore deux, 11 ans après !

Puisque cette aventure, c'est plutôt bien terminée, je vous livre la suite et vous souhaite une bon dimanche !

La transplantation ...suite...

Le 23 au matin, dès la première heure, j’ai appelé le service. La transplantation était terminée et s’était bien passée. Effectivement, ma visite n’était pas souhaitée, et, surtout, elle n’aurait rien apporté à Robert, qui n’en aurait pas conscience. Les doses massives de drogues diverses devaient le maintenir dans l’inconscience plusieurs jours.

 Le surlendemain, j’y suis quand même allée. Dans le couloir, que maintenant je connaissais, j’ai appuyé sur le bouton de la sonnette réservée aux visiteurs des malades transplantés. Par l’interphone, une infirmière m’a interrogée sur mon identité et mes liens de parenté avec le patient, puis, comme c’était ma première visite, elle est venue me chercher pour m’expliquer la procédure lors des visites. Les visiteurs devaient toujours se signaler par la sonnette et donner leurs identités, la porte s’ouvrait alors commandée par l’infirmière. Puis l’on accédait à une toute petite pièce, que j’ai appelé  le SAS  dans laquelle se trouvaient : blouses, coiffes, chaussons et masques stériles. Une fois équipé le visiteur devait soigneusement se laver les mains, puis l’infirmière venait vous chercher pour vous conduire auprès de votre malade. Il ne fallait pas oublier avant même de sonner, de déposer son sac dans le casier de consigne, situé dans le couloir. Pour cette première visite, dès la porte du SAS franchie, j’ai pénétré sur les talons de l’infirmière, dans le secteur stérile. Les chambres des opérés donnaient sur un couloir dans lequel se tenaient en permanence, les infirmières. Les façades des chambres étaient vitrées en totalité, la surveillance était aisée et continue.

L’infirmière m’a conduite devant la vitre de la chambre de mon mari, j’ai tout de suite pensé à un aquarium. Derrière la vitre, de nombreux appareils occupaient presque toute la place. Le lit, médical, au centre, était occupé par mon mari relié à toutes ces machines. C’était assez impressionnant. Il n’avait aucune conscience de ma présence. Je suis restée un instant, derrière la vitre, puis je suis repartie, que faire d’autre ? Je devais rendre compte aux enfants qui s’inquiétaient beaucoup.

Après l’inconscience, sont venus les jours où les drogues l’ont fait délirer. Heureusement, les infirmières m’avaient avertie que c’était normal. Il était persuadé qu’un docteur lui voulait du mal, menaçant même sa vie. Il s’agitait trop et il a fallu le replonger dans un sommeil artificiel et l’attacher. Nous étions au sixième jour après la greffe. Il s’était réveillé, mais n’avait pas toute sa conscience. Lorsque l’un de nos enfants, ou moi allions le voir, il regardait avec inquiétude la silhouette toute de blanc vêtue, qui, derrière la vitre semblait l’épier. Le connaissant, j’étais persuadée qu’il devait se dire : qu’est-ce qu’ils me veulent ? Ils n’ont pas autres choses à faire que de rester plantés là, à me regarder ? L’infirmière me rassura encore, lorsque les drogues seraient éliminées, la conscience lui reviendrait d’un seul coup.

Le jour d’après, j’ai pu lui parler par le biais du téléphone, mais la conversation était plutôt décousue. Le masque et la tenue stérile l’empêchait de reconnaître son visiteur. C’était vraiment très curieux, d’entendre Robert, père solide sur lequel chacun pouvaient compter en toutes circonstances, menacer de se plaindre à ses enfants qu’on lui voulait du mal ! Malgré la situation, nous étions obligés d’en sourire, ces mots étaient tellement incongrus dans la bouche du chef de famille qu’il est !

Les infirmières avaient raison. Le onzième jour, en arrivant pour la visite habituelle, j’ai eu la surprise de le trouver en chambre stérile normale. Les drogues avaient, depuis la veille, cessé leurs effets et Robert avait retrouvé toute sa lucidité. Il récupérait vite et les infirmières devaient le raisonner : doucement, monsieur, vous ne venez pas de subir une opération de l’appendicite !

 Il a toujours été un excellent malade. Plaisantant avec le personnel hospitalier, supportant le mal sans se plaindre, acceptant les prises de sang très fréquentes. Il avalait stoïquement quantité de comprimés car on lui avait enlevé toutes les perfusions. Il était très heureux de retrouver sa liberté de mouvements. C’était au moment de la coupe du monde de foot, et, dès-que, le soir, l’infirmier avait un instant, il venait dans sa chambre regarder les matchs avec lui. Les plateaux de repas, stériles, n’étaient pas très apétissants, mais il se forçait et mangeait ce que l’on lui présentait sans rechigner. Pour reprendre des forces, il arpentait inlassablement, le couloir du service, puisque les médecins lui conseillaient de marcher. Ils n’ont pas eu besoin de le lui dire deux fois !

Il est revenu chez nous au bout de dix-huit jours, refusant catégoriquement d’aller quelques temps en maison de repos. Eric est venu le chercher, faisant office de taxi, il avait une voiture très confortable. Robert préférait cette solution à l’ambulance.

Deux jours après, nous étions de retour dans le service, pour trois jours. Pour simplifier, je dirais que d’ici à la fin de l’année 2002, nous avons dû repartir à l’hôpital pour de brefs séjours de trois ou quatre jours, sept fois. Il s’était produit un problème de voies biliaires (un rétrécissement) et l’on a dû poser des prothèses pour en élargir la circonférence. Une jaunisse aussi nous a fait très peur.

Cela n’a pas empêché ma tête de mule de mari, de faire quand même, en septembre, l’ouverture de la chasse. C’est l’un des pires souvenirs de ses fils Pascal et Bruno qui l’accompagnaient. Robert avait encore une poche, reliée à un drain biliaire. Il avait absolument voulu que l’on fixe ce drain et la poche à l’intérieur de la jambe de son pantalon de chasse. Si je ne l’avais pas fait, il l’aurait fait lui-même ! Les enfants étaient morts d’inquiétude et se fichaient de la  chasse comme de l’an quarante ! Ils s’en rappellent encore avec émotion. Ils n’ont « chassé » que la demi-journée. Encore heureux ! Parce-que de son côté, Robert voulant que les garçons chassent tranquilles (impossible !) s’écartait d’eux, et que ses fils, tout en le surveillant de loin, ne voulaient pas avoir l’air de l’épier. Leur père aurait été très capable de les remettre vertement à leurs places.

En décembre est apparu le diabète. Conséquence : piqûres d’insuline trois fois par jour.

En janvier 2003 pose de nouvelles prothèses biliaires. En avril on les enlève. Les analyses sanguines ne sont pas correctes. En mai, il faut recommencer le traitement par interféron. En juillet pose de nouvelles prothèses. L’on a arrêté l’interféron. Robert réagissait mal et les analyses étaient très perturbées. Finalement, il se pourrait qu’il ait fait, à ce moment- là, un petit rejet. A l’arrêt du traitement les choses rentrèrent dans l’ordre. Nous voyions le docteur tous les mois, puis tous les quatre mois. Suivre les recommandations du docteur qui prônait la pratique de la marche, n’a pas causé de problème à Robert. Il partait, tous les matins, faire de longues promenades, au moins quatre ou cinq kilomètres, sauf, bien sûr durant la saison de la chasse où il ne comptait pas les kilomètres. Même ses fils ont toujours eu du mal à le suivre. Il ne marche pas vite, mais à une allure très régulière et continue.

Pour apprendre à gérer son diabète, les premiers temps, un infirmier est venu régulièrement à la maison. Lorsque celui-ci franchissait notre portail, il sifflottait  toujours allègrement. Nous étions ainsi avertis de son arrivée, sans qu’il ait besoin de sonner. Robert l’avait surnommé « rossignol » lorsque nous étions entre- nous. Un jour où il venait comme à son habitude, notre petit fils, Jordan, présent, l’avait salué d’un très poli : bonjour, monsieur rossignol !

Dans la vie, il faut savoir apprécier les belles choses lorsqu’elles arrivent. Nous n’avons pas eu besoin de chercher bien loin, une raison de nous réjouir au cours de cette année 2003.

 C’est notre petit Louis qui nous l’a fournie. Louis, c’est le troisième enfant de Bruno.

Il est né en Mars, juste avant le printemps ! Il est le dernier de nos petits- enfants. Nous en avons huit, maintenant :

Lydie, Marc, Jimmy, Jordan, Marine,, Margot, Marie et Louis ils sont tous très attachants et nous sont très attachés également.