Margot m'a envoyé hier soir un devoir qu"elle devait rendre aujourd'hui.Elle est mignonne, elle sait que celà m'intêresse toujours. Elle ne se dit pas très contente de son travail, mais elle est terriblement surchargée de devoirs et n'a pas le temps de le retravailler!

Evidemment, celà ne surprendra personne, personnellement son travail me convient.

Elle devait écrire une nouvelle, traitant du bouleversement  ressenti par une personne devant le changement de politique de son pays. Enfin, en gros c'était le sujet à traiter . A chacun de créer son personnage et son histoire.

 Je vous donne à lire le début. Qu'en pensez-vous? Voulez-vous la suite?  

 

 

Qui suis-je ?

 

     Ses cheveux châtains et bouclés ondulaient et dansaient avec les courants d’air glacés. Le vent frais de novembre rougissait son nez et se faufilait à travers le drap de laine de son petit manteau gris. En tendant l’oreille, on pouvait entendre à chaque nouveau pas le léger bruit que faisait le sac à dos en heurtant les reins de l’enfant.  Elle avait caché à l’intérieur, tout son monde, tous ses trésors qui n’avaient pas été confisqués par la police. Cela faisait déjà un moment qu’elle ne pensait plus au volume imposant et dérangeant de son sac. Ses minuscules chaussures étaient trop occupées à suivre les traces dans la neige que laissaient les pas de Madame Exquiro. Dans l’esprit de la jeune fille, l’assistante sociale répondait plus correctement au nom de  Madame Je-donne-des-petits-bonbons-à-la-menthe-sans-sucre. Et ce qui comptait le plus à ce moment-là, était que le chemin qu’elle laissait dans la neige devait être suivi : c’était le but du jeu. Finalement, Madame A-la-menthe-sans-sucre s’arrêta, et de la même manière, sa petite ombre grise s’était immobilisée, silencieuse. Le moment de s’amuser était terminé. Une sonnette retentit dans une maison du quartier, et une immense porte s’ouvrit, découvrant deux visages souriants. Il y eut une dernière bourrasque glaciale et A-la-menthe-sans-sucre s’engouffra dans la maison, la tête rentrée dans les épaules pour se protéger du froid, comme l’aurait fait une tortue. En l’espace de quelques secondes, la petite tache cendrée prit une dernière inspiration de l’air hivernal. Elle dût se faire violence pour pénétrer dans cet espace qui était pourtant chaud et accueillant.  

     A l’intérieur de cette maison, il y avait un salon très propre, un salon vraiment très propre et très soigné : un peu comme dans les publicités qui passaient à la télévision  le soir. Le genre de salon où jamais ne trainait un jouet. Le genre de salon où tout devait rester sage et immaculé. Entre les adultes, il y avait une discussion qu’elle n’écoutait pas : ses pensées étaient tournées vers sa poupée de chiffon qui devait se sentir abandonnée dans l’immensité obscure de son sac à dos. Elle aussi se sentait seule, c’est pour ça qu’elles s’entendaient si bien toutes les deux. Elles étaient deux sœurs perdues dans ce monde de grands. Ce monde qui dégénère comme disait papa.

« Lucy, je te présente tes nouveaux parents. Tu verras, ils seront bien plus respectables que les précédents. »

C’était A-la-menthe-sans-sucre, et la petite leva les yeux, ramenée de force à l’instant présent mais ne répondit pas.

« Ne vous en faites pas, elle était déjà quasiment muette quand nous l’avons recueillie, après l’arrestation de ses parents. Des résistants abjects luttant contre l’ordre et le bien-être du Nouveau Gouvernement. Etre élevée par des parents pareils marquerait n’importe quelle enfant. Nous comptons sur vous pour lui donner tout ce que des tuteurs dignes de ce nom sont censés lui apporter. » 

Lucy était peut-être jeune, mais elle avait très bien saisi qu’un reproche venait d’être fait à l’égard de ses parents. Elle fusilla du regard A-la-menthe-sans-sucre jusqu’à ce qu’elle parte. Et fatalement, l’enfant se retrouva seule avec les deux sbires du Gouvernement.

On lui fit monter des escaliers, traverser un couloir, et découvrir sa nouvelle chambre déjà aménagée. Déjà pensée à sa place pour qu’elle s’y sente le mieux possible. Du moins, la pièce était façonnée selon les critères éducatifs du Nouveau Gouvernement. La petite Lucy s’avança au centre de la pièce, où se trouvait son lit, et posa avec douceur son gros sac à dos sur le parquet propre.

Les deux nouveaux parents adoptifs, restés à l’encadrement de la porte, l’observaient, guettant le moindre signe d’approbation, ou au moins d’appréciation de ce nouvel environnement. Mais aucune réaction ne leur parvint.  L’enfant s’était contentée d’attendre patiemment et en silence qu’ils daignent sortir en fermant la porte derrière eux.

     Elle entendit vaguement les mots « temps d’adaptation » à travers la porte et quand les voix se furent éloignées, elle sortit méticuleusement les affaires de son sac. Elle mit Chiffon, sa poupée, sur l’oreiller en position assise pour lui faire partager la découverte de leur nouveau chez-elles. Elle ouvrit tous les placards, lu les titres des livres encore jamais ouverts qu’on lui avait achetés - des livres dont la lecture est conseillée par le Gouvernement -, passa une main sur le bureau neuf, et regarda la rue par la fenêtre.

Elle se sommait de ne pas se faire acheter par l’aspect confortable de sa nouvelle vie. Ses parents l’avaient prévenue à maintes reprises. Ma fille, le monde qui t’attend dégénère. C’est un monde qui va essayer de t’attirer à lui. Un peu comme Hansel et Gretel ont été appâtés par la maison de pain d’épice de la méchante sorcière. Il faut que tu conserves en toi les valeurs et les idées que nous t’avons transmises. Ne les laisse pas se faire manger par les Vilains.

Lucy jeta un coup d’œil complice à Chiffon : elles ne se feront pas avoir