Trop belle journée aujourd'hui, Nous nous sommes installés sur la terrasse, au soleil!  La haie du voisin grouille de moineaux qui piaillent à qui mieux mieux! Puis, la tondeuse a fait son petit tour au jardin et la garce a décapité toutes les pâquerettes!!!!  D'accord, le jardin est propre et net, mais je regrette ces fleurettes printanières!  Les rosiers ont des boutons, le lilas bourgeonne,  la clématite met des petites feuilles, tout pousse et s'éveille

Cet soleil m'a engourdie.... je vais me coucher de bonne heure !  Bonsoir !!! 

 Mais, avant.....une petite partie supplémentaire de la nouvelle de Margot.

Depuis la visite de sa future école, l'esprit de Lucy était en totale ébulliition.Le jour de la rentrée obsédait ses pensées: elle était tantôt anxieuse, tantôt impatiente de retrouver l'établissement cette fois rempli d'élèves. Elle avait peur de ces enfants robotisés (comme disait papa), peur de finir comme eux à leur contact.Et, paradoxalement elle se prenait parfois à espérer que Vrai papa et Vraie maman s'étaient trompés.Que les enfants de son âge étaient en réalité des enfants normaux et qu'elle pourrait même peut-être devenir amie avec l'un deux.

Elle n'avait jamais eu l'occasion de tisser de vrais liens d'amitié avec qui que ce soit.Elle entendait souvent Vraie maman et Vrai papa discuter de ses rapports sociaux Ils savaient qu'elle était seule mais ils avaient trop peur des fuites d'informations pour la laisser sortir jouer avec les autres.La sécurité de la famille dépendait du secret de leurs opinions résistantes.Ils avaient jugé qu'en raison de son jeune âge, Lucy serait incapable de ne pas révéler des éléments compromettants.C'est ce qu'ils lui avaient expliqué. De ce fait, elle n'avait jamais eu de véritable amis.L'entrée à l'école représentait son premier contact avec sa génération. L'impatience et l'anxiété formaient un drôle de mélange dans son estomac.

Vint très vite..trop vite.. le lundi de la rentrée.Néo maman et Néo papa l'avaient accompagnée tenant chacun une des mains de la petite fille.A la vue de la masse d'individus agglutinés devant le grand portail vert de l'école, Lucy sentit son corps se contracter, son pas se faire lourd et sa bouche devenir pâteuse.Elle regretta la présence de Chichi.Il y avait tout un tas multicolore de silhouettes de la même taille qu'elle qu'il allait lui falloir affronter seule. Mais pour le moment, elle se servait de ses néos- parents, encore présents à ses côtés, comme d'un bouclier pour éviter tout contact physique et visuel avec les autres élèves.Face à l'appréhension de la rencontre avec l'étranger, elle avait perdu tout désir de nouer des liens d'amitié avec des camarades. Elle dut cependant se résoudre à quitter son espace de sûreté quand ses tuteurs lachèrent ses mains pour la laisser entrer dans sa classe.

-"Tu verras, tout se passera très bien." Lui assura néo-papa.

-"On reviendra te chercher à 16 heures." promit néo-maman en embrassant pour la première fois Lucy sur le front.

Ce geste et ces phrases de réconfort firent leur petit effet sur l'enfant qui pensa que même s'ils étaient à la botte du Gouvernement, ses parents adoptifs étaient véritablement gentils. C'est de nouveau armée de courage qu'elle se retourna pour faire face à la classe et qu'elle alla s'assoir à une table. 

Ingénieuse, elle avait choisi sa place de manière stratégique : au fond, à côté de la fenêtre de manière à réduire au maximum toute proximité avec le reste de la classe.

L'institutrice, blonde et plutôt jolie selon les critères esthétiques de Lucy, se racla la gorge et réclama le silence.Les premières heures de cours se déroulèrent sans heurt : Madame Locacitas leur expliqua qu'elle attendait de la part de chaque élève un total respect envers les règles de l'école et envers le Gouvernement, et, qu'en retour de ce respect, elle mettrait tout en oeuvre pour que ses cours soient clairs et agréables. Lucy n'aimait pas vraiment la contrainte qui leur était imposée, mais elle s'y était préparée. De plus, elle appréciait le fait que ses relations avec son profeseur soient basées sur un principe d'échange, sur un accord mutuel.

Deux heures plus tard, la sonnerie annonçant la récréation retentit.Madame Locacitas communiqua aux enfants les dernières directives de rassemblement pour revenir en classe à la fin de la pause, et les laissa sortir.Lucy ne bougea pas de sa chaise, espérant que l'institutrice ne remarque pas que l'un de ses petits canards tentait d'échapper au groupe !Cependant , l'emplacement stratégique de la jeune fille ne l'empêcha pas d'être rapidement repérée. L'adulte s'approcha et s'assit à côté d'elle:

-"Tu ne veux pas aller dehors avec les autres?"

Elle n'eut pour réponse qu'un bref mouvement de tête.

-" Ecoute, le directeur m'a tenue au courant de la situation dans laquelle tu te trouvais il y a peu. Dis-moi, tu ne penses pas que te faire des copines pourrait t'aider à te sentir mieux ? Je suis sûre que bon nombre de tes camarades aimeraient faire ta connaissance et s'amuser avec toi. Allez, viens avec moi!"

Sans véritablement le savoir, l'institutrice venait de toucher un point sensible pour l'enfant. Lucy la suivit, peu habituée à discuter un ordre provenant d'une adulte aussi gentille.Elle prit son petit goûter et s'installa sur un banc de la cour de récréation pour le grignoter.Une gamine d'à peu-près son âge vint à sa rencontre:

-"Coucou! Tu t'appelles Lucy, c'est ça? Moi, c'est Léa. La maîtresse m'a demandé si je voulais bien devenir ta copine. Moi, je veux bien, tu as l'air gentille. La maîtresse m'a dit que tu ne parlais pas, tu sais, ce n'est pas grave, ça ne va pas nous empêcher de jouer toutes les deux......"

Le monologue de Léa dura jusqu'à la fin de la récréation; Lucy l'écoutait parler sans perdre une miette de ses paroles : la fille résistante trouva que sa nouvelle et première amie ne ressemblait aucunement à un robot qui aurait le cerveau qui dégouline comme du fromage fondu! Au contraire, elle semblait débordante de vie.C'est à le fois ravie et perplexe que Lucy retourna en classe en rangée de deux par deux. L'aspect ordonné du rang n'intrigua pas l'enfant : tout le monde avait bien soigneusement écouté les instructions de la maîtresse, tout le monde voulait faire au mieux. Qui ne le voudrait pas ?

La journée se déroula tranquillement alternant les périodes de cours et les pauses passées en compagnie de Léa qui ne se lassait jamais de parler pour deux. Même à table, après avoir fait les remerciements, sa nouvelle amie débitait un flot impressionnant de paroles la bouche pleine!

A seize heures et demie, Lucy retrouve en souriant néo-maman à l'entrée du grand portail vert, et lui tendit naturellement la main pour retourner à son lieu de résidence.