Demain, lever de bonne -heure . Le RV pour le scanner est à 9 heures, mais la clinique est un peu loin de chez nous. Nous allons devoir prendre les boulevards sur une longue distance, et, surtout , à l'heure difficile de l'embauche pour les travailleurs. 

Le scanner passé, direction l'hôpital pour le RV suivant avec le spécialiste. Toute une partie de la ville à traverser. Nous aurons le temps, le deuxième RV est à seulement midi.

Espérons que tout ira bien!

Allez!!!!  Voyons un peu la suite  de l'histoire de la petite Lucy, que vous avez la gentillesse de suivre. Je fais part de vos commentaires à Margot, je les lui envoie par mails parce-qu'elle ne lit pas mon blog, elle ne sait pas quel en est le nom.

     Une fois chez elle, elle raconta à Chichi le moindre détail de cette merveilleuse journée et c’est toute joyeuse qu’elle se leva le lendemain matin pour aller à l’école. Et chaque matin des semaines suivantes.

Elle appréciait de plus en plus le contact avec les autres enfants de son âge. Tous s’étaient habitués à son mutisme et l’appréciaient : il ne lui en fallait pas plus pour être heureuse. Du moins, à peu de choses près, puisque subsistaient encore en elle les valeurs résistantes que lui avaient inculqué ses vrais parents.

     Plus elle expérimentait la vraie vie, la vie à l’extérieur de la bulle anti-Gouvernementale de ses vrais parents, plus elle cherchait à percevoir les manifestations des mauvais faits des Vilains. Cependant, elle ne voyait autour d’elle aucune véritable forme d’oppression. Lucy remarqua simplement l’absence de termes, un peu comme un boycott de certains mots. Elle s’en était aperçu parce qu’ils étaient fréquemment utilisés dans son ancien chez-elle. Un jour, une fille de sa classe utilisa par mégarde le mot « démocratie » qu’elle avait lu sur un mur tagué. Madame Loquacitas s’était immédiatement figée.

S’en était suivi tout un cours portant sur l’histoire de l’avant Gouvernement. Visiblement, le reste de la classe connaissait déjà cette leçon mais l’institutrice ne semblait pas s’en soucier : elle expliquait les choses de la même façon qu’à l’ordinaire. Lucy entendit alors parler et d’évènements que ses vrais parents n’avaient jamais mentionnés auparavant. Jamais elle n’avait pu soupçonner le désordre et les inégalités de l’Ancienne République, ni les dizaines et les dizaines de morts causées par les manifestations résistantes contre le nouveau pouvoir en train de se mettre en place. Les intrigues, la violence, les coups bas ; jamais elle n’avait imaginé que les résistants aient pu faire de telles choses. Papa lui avait souvent dit que le gouvernement manipulait l’histoire ; mais elle doutait qu’il ait inventé de tels faits, de telles preuves. Les photos des morts, les écoutes téléphoniques, les attentats : dans l’esprit de la jeune fille, l’Etat ne pouvait pas avoir tout construit, il devait forcément y avoir quelque chose de vrai. Les Vilains du Gouvernement n’étaient qu’au fond que des hommes comme les autres ; et aucun homme ne peut inventer la réalité. Personne ne peut berner un pays tout entier.

L’enfant était choquée d’entendre cette version-là de l’histoire : et elle était effrayée par le simple fait de savoir qu’il y avait encore dans les rues quelques résistants cachés, tapis dans l’ombre, attendant quelques occasions d’agir. Des gens qui ont tué. Des gens dangereux. Mais ses parents étaient-ils dangereux ? Pourquoi la maîtresse tenait-elle un discours totalement différent de celui qu’on lui avait appris ?

Il est impossible d’entrer en contact avec les prisonniers papa disait qu’on ne les revoyait jamais. Elle n’aurait donc très certainement jamais la réponse à ses questions.

    Lucy fut pensive jusqu’à la récréation. Elle entendit à peine la sonnerie, et ne fut complètement tirée de ses réflexions que lorsque la maîtresse lui demanda de rester parler avec elle quelques instants.

« Ecoute Lucy, je sais que ce que j’ai dit dans ce cours a pu te déstabiliser, mais c’est l’histoire, et il faudra bien que tu t’instruises véritablement. Tes parents biologiques t’ont sans doute raconté beaucoup de choses qui n’étaient pas vraies. Si tu le souhaites, je peux te prêter un livre qui raconte la période qui concerne l’histoire du Gouvernement et de la résistance. Ça t’intéresse ? »

La petite hocha la tête, reconnaissante de l’attention que lui portait de nouveau son professeur. Elle prit le livre qu’on lui tendait et le rangea précieusement dans son sac.

  Le soir venu, après le repas, Lucy s’installa avec Chichi dans son lit et ouvrit le livre que lui avait prêté son institutrice. L’espace d’une seconde, elle se demanda si c’était vraiment une bonne idée de faire une telle lecture avant d’aller dormir. Mais la curiosité et le doute étaient bien trop grands. Elle commença par lire le titre du livre (Le Nouveau Gouvernement et la Résistance expliquée aux enfants de Eric Falsum), et par observer l’image qui illustrait la couverture : il s’agissait d’une peinture qu’ils avaient déjà étudié en classe et qui représentait allégoriquement la remise en ordre du monde par le Nouveau Gouvernement. Elle ouvrit le bouquin et se plongea immédiatement dans ce qu’il racontait. La première partie du livre expliquait les débuts de la montée en puissance du Gouvernement, et donc, par extension, les premiers pas de la résistance.

Plus l’enfant avançait dans sa lecture, plus elle se sentait terrifiée par les actes qui avaient été perpétrés par les résistants. Les résistants qu’on lui avait appris à respecter. Les descriptions de torture, de crimes, de déchainements… Autant de monstruosités qui faisaient froid dans le dos de l’enfant. Elle n’avait lu que quelques pages qu’elle se sentait déjà trahie par les mensonges, par les omissions qu’on avait pu lui faire subir depuis le début. Les affreuses illustrations qui se trouvaient à chaque page finissaient d’affirmer son épouvante.

Elle arrêta sa lecture, fatiguée de sa journée de travail et des découvertes qu’elle avait faites au cours de l’après-midi. Toutefois, la présence de Chichi et son épuisement n’allaient pas être suffisants pour qu’elle arrive à s’endormir. Elle avait besoin d’un vrai réconfort ; d’un réconfort physique et humain. Elle descendit donc les escaliers et alla rejoindre ses néo-parents, qui regardaient un film à la télévision. Ils l’observèrent, visiblement intrigués par la présence de la petite ; c’était la première fois qu’elle venait les voir après le diner. Se disant que de toute manière, son comportement était déjà inhabituel, Lucy poursuivit sur sa lancée et se fit une place entre les deux adultes, posa sa tête sur les genoux de néo-maman, et ses jambes sur celles de néo-papa. Les deux coussins vivants avaient suivi  le processus rien dire, comme ébahis par ce qu’il était en train de se produire sous leurs yeux. L’enfant serra sa poupée contre elle, espérant que ses parents adoptifs ne la renverraient pas dans sa chambre. Elle fût rassurée lorsqu’une main vint lui caresser la tête, et, se laissant bercer par les voix provenant de l’écran, elle sombra doucement dans un sommeil profond.