D

ans le livre précédent, je suis passée  très rapidement sur la petite enfance de mes garçons , m’étendant plus facilement sur  leur adolescence, puis sur une partie de leur vie d’hommes.

Pourtant quelle mère ne se souvient pas avec émotion de l’époque bénie des premières années de ses enfants et des émouvants détails de la naissance de son premier né.

Robert et moi étions mariés depuis un an et demi et j’étais enceinte de huit mois. Je devais accoucher en août 1963.

A six heures du matin, le 11  juillet, aucun doute, c’étaient bien les premières contractions qui m’ont réveillée.

J’étais tellement impatiente de mettre au monde notre premier bébé, que je ne me suis même pas inquiétée à l’idée que ce serait un prématuré de huit mois.

Ainsi que je vous l’ai dit dans les premières pages, nous logions chez mes parents, dans deux pièces assez indépendantes de l’autre côté du couloir.

Pendant que, sereinement, je procédais à ma toilette Robert n’a pas eu à aller bien loin pour avertir ma mère et …

Tout s’est accéléré !

Ma mère avait quand-même mis au monde huit enfants, mais, c’était à se demander si elle en avait encore le souvenir !

C’était … Comment dire ? Panique à bord !

Fort heureusement, la valise était déjà prête. J’avais eu tant de plaisir à la remplir que je m’y étais prise bien longtemps à l’avance. Bien m’en a pris. Rien n’y manquait !

La maternité se trouvait à environ un kilomètre et demi. Nous nous y sommes rendus à pieds. Tout le monde n’avait pas de voiture à l’époque. Environ tous les cents mètres nous nous arrêtions le temps que se calme une contraction, puis nous repartions sous le regard inquiet de ma mère qui me demandait  continuellement : ça va ?

Ça allait ! J’étais impatiente de savoir si j’allais avoir une petite fille ou un petit garçon.

A neuf heures, Eric était né ! Petit : deux kilos six, mais parfaitement constitué.

Grand moment d’émotion pour nous qui étions dorénavant des parents !

Je ne vais pas m’étendre sur les trois années qui ont suivi. Notre fils a poussé sans  problème particulier. Il était le roi de ses grands-parents. A croire que ceux-ci, n’avaient pas d’autres petits-enfants. ......  Ils en avaient pourtant seize ! Mais Eric a toujours eu un statut privilégié à leurs yeux !

Il est évident que je pourrai remplir des pages tellement il était……. Beau…intelligent…sage… et…et…

Allons, bon, voilà que le mot « chauvine » vous revient à l’esprit !

Je ne vais pourtant pas vous dire qu’il était laid, sot et capricieux rien que pour vous prouver que je suis capable de discernement !

D’abord, ce serait faux, ensuite :

J’assume : c’était le plus bel et intelligent enfant que je connaisse !

Et, surtout, c’était le MIEN !

Je le revois encore, sous l’énorme figuier jouant aux cartes avec son grand-père. Ou encore cherchant celui-ci qui s’était caché sous la table pour l’amuser et ayant ensuite, toute les peines du monde à s’en extirper !

Un jour, une de mes sœurs lui a ramené du marché un petit caneton : Oscar.

Véritable cadeau empoisonné ! Celui-ci avait adopté Eric qui devait alors avoir entre deux et trois ans, et le suivait à chaque pas. Il fallait le voir  dévaler l’allée qui séparait le jardin en deux, se dandinant  sur ses petites pattes pendant que  nôtre fils effectuait d’incessants va-et-vient Oscar sur ses talons.

L’image est attendrissante, je veux bien l’admettre, mais Oscar n’en a quand-même pas moins fini à …. La casserole !

Ce n’est pas moi qui appliqué la sentence ni  l’ai mangé !

Il avait grandi et ne voulait plus quitter Eric un seul instant. Ses « coin-coin » désespérés nous assourdissaient dès qu’il ne le voyait plus. Nous avions fini par le laisser venir sur le tapis à côté du lit durant la sieste, sinon  derrière la porte c’était le grand air de la « traviata » !!!! Ce canard avait un organe vocal particulièrement puissant !

Comme tous les canards il semait ses crottes partout et tout le temps !

Il ne voulait pas vivre à l’extérieur, seul ! Même dans un enclos ses cris dérangeaient le voisinage.

Cela devenait invivable.

Alors, un jour, Oscar s’est soi-disant envolé rejoindre ses copains, et… Eric a eu un chat : Roméo !

Un excellent chasseur ce chat ! Tellement chasseur que notre voisin, colombophile averti apercevait,  chaque matin, en regardant par-dessus la barrière, un de ses pigeons mort dans notre jardin ! C’était un très gentil voisin, vraiment gentil, depuis de très nombreuses années.Aussi, le jour où Roméo a ramené la dépouille de l’un de ses champions, puis d’un autre, nous avons décidé qu’il fallait arrêter les dégâts !                                                                                                                                                           Nous avions l’habitude, les jours de concours de chercher dans le ciel le petit point noir qui tournerait autour et au-dessus de la maison avant  de grossir et se poser dans le pigeonnier. Parfois le pigeon était parti de plusieurs centaines de kilomètres.

Ces pigeons étaient précieux aux yeux de « Loulou » notre voisin, d’ailleurs, ils avaient beaucoup de valeur, et la perte de ses champions était un coup dur pour lui : il devait repartir de zéro.

Alors, Roméo, un beau matin, est allé rejoindre ses copains .Comme Oscar ! Les animaux aussi ont des copains !

NON !!! Il n’a pas été mangé !

Il a juste été donné à quelqu’un de confiance !

L’explication «  des copains » a plutôt bien été acceptée par notre petit bout de chou, et celui-ci n’en a pas (autant que je m’en souvienne) été traumatisé.

Quoique, peut-être, un psychologue trouverait-il  là une explication concernant la grande passion qui l’habite aujourd’hui : la chasse à la tonne et l’élevage de canards spécifiques à sa pratique.