Mais ... qu'est-ce-qu'il peut m'agacer   avec son cigare qui empeste, ses lorgnons, et sa moustache qui aurait bien besoin des soins d'un bon barbier !

J'ai besoin d'être tranquille ... De réfléchir à cette nouvelle vie qui s'offre à moi! Et je n'ai certe pas besoin d'être importunée par un mal élevé, qui, en plus semble être assez âgé pour pouvoir être mon père!

S'il imagine que ma jeunesse fait de moi une proie facile.... il va bientôt se rendre compte de son erreur !!

Lorsque le train aura démarré, je lui donne cinq minutes, pas une de plus, pour que je l'envoie sèchement promener en lui conseillant de regagner sa place ... et d'y rester !

108858382[1]

Puis,je l'ignorerai et me plongerai dans mes pensées en laissant  mon regard errer à travers la vitre du wagon, sur le paysage qui défile à chaque tour de roue du train .

Mes pensées emplissent mon esprit.

J'ai quitté , ce matin, le couvent "des sœurs de la providence" où j'ai grandi après le décès de ma mère. Je n'ai jamais connu mon père. C'est pour cette raison , que ,n'ayant pas de famille pouvant accueillir une petite fille de huit ans, j'ai eu la chance d'être recueilie par la révérente Mère Adélaïde.

Losque je lui adressais la parole, comme les sœurs du couvent, j'ai du l'appeler : Ma Mère. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, je l'ai fait sans aucun problème, car cette sainte femme m'a prise sous son aile avec bienveillance.

Elle a décidé que je devais être "armée" pour me faire une place dans la société. Une orpheline , qui n'a pas assez la foi et un peu trop rebelle,pour souhaiter entrer dans la vie religieuse , se devait d'avoir une bonne éducation et une bonne instruction, au moment de quitter le couvent.

Je lui serai éternellement reconnaissante.

Je suis donc, depuis peu : institutrice. J'ai obtenu mon diplôme le mois dernier.

Les sœurs de la congrégation m'ont confectionné un trousseau que pourrait envier une jeune fille "bien née",et ce magnifique sac de voyage brodé par leurs soins.

La mère supérieure m'a proposé une place d'institutrice dans une riche famille pour m'occuper de deux enfants .

J'ai plutôt choisi la place d'institutrice proposée par un petit village défavorisé dans l'arrière pays. Je n'aurai qu'une seule classe de huit élèves tous niveaux confondus. Je bénéfierai d'un petit logement et d'une totale liberté d'action. Mon seul devoir étant de conduire ces enfants de paysans jusqu'au certificat d'études.

Je ne serai au service que de mes élèves !

Je vais m'y employer de tout mon cœur et faire mon possible pour ouvrir leurs jeunes esprits au maximum, en me rappelant et mettant en pratique tous les conseils de la mère supérieure.

Je roule donc vers une vie nouvelle  et je ne peux m'empêcher de frissonner à l'idée de la liberté qui m'attend!

Liberté... indépendance.... des mots qui m'ont tant fait rêver !

Alors, si ce Monsieur croit qu'il va m'impressionner avec son baratin....  il se trompe lourdement !