Devoir pour LAKEVIO

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Lorsque le notaire m'a convoquée pour m'apprendre que j'étais la seule héritière de cette maison, mon premier réflexe a été de refuser cet héritage.

Rien que l'idée d'en franchir l'entrée me donnait des frissons.

Surpris par mon refus, le notaire m'a gentiment conseillé de réfléchir avant de lui donner une réponse définitive et m'a proposé un nouveau rendez-vous dans quinze jours.

Depuis, tous mes pires souvenirs m'empêchent de dormir. J'ai tellement lutté pour oublier l'enfer que j'y ai vécu. ....Et tout ressurgit dans mon esprit. Mon enfance....

Lorsque mes parents sont morts dans un accident de voiture, j'avais quatre ans. Autant que je m'en souvienne , nous formions une famille heureuse. Mon père et ma mère s'adoraient et m'adoraient , moi, leur unique enfant.Les photos que j'ai réussi à conserver durant toutes ces années en témoignent et ont été mon seul réconfort durant les années qui ont suivi ce drame. 

Sur ces photos fanées à force de les regarder et les embrasser en cachette,je voyais ma mère me berçant, m'embrassant et me souriant avec avec un regard tellement plein d'amour! Ce devait être mon père le photographe car j'ai beaucoup moins de photos de lui, mais sur celles qui me restent, ils nous regarde maman et moi avec tellement d'amour et de fierté ! Il me jetait en l'air et je riais sans aucune crainte en m'accrochant à son cou!

Comme maman était fille unique et que ses parents étaient décédés relativement jeunes et que mon père n'avait pas de famille puisqu'il avait été un enfant de la DDASS, c'est à une lointaine cousine que la DDASS m'a confiée . Elle était rémunérée pour prendre soin de moi. 

Elle n'avait pas d'enfant. Mais, bon, je ne faisais pas partie de la famille! Elle me présentait à ses connaissances en disant : c'est une petite cousine éloignée que j'ai recueillie à la mort de ses parents, elle n'a plus personne , la pauvre petite, que voulez vous!!! Je ne pouvais décemment pas la laisser partir à l'orphelinat !

J'avais été une enfant gatée, donc, aux dires de la cousine: mal élevée. Je lui coûtais plus cher que ce que je lui ramenais.

De plus, elle avait des principes en ce qui concerne l'EDUCATION d'une fille habituée à être trop gatée! 

Pas de ceci...pas de cela... Pas le droit de ceci...pas le droit de celà...j'avais déjà bien plus que je n'aurai du avoir si elle ne s'était pas trouvée là avec son grand cœur! Pas d'embrassades sauf pour le jour de l'an et encore du bout des lèvres, elle n'aimait pas tous ces simagrés !

. Elle n'avait pas de temps pour moi, sauf les fois où l'assistante sociale venait faire une visite de contrôle. La visite était toujours annoncée à l'avance. Ce jour là, la cousine était tout sourire. Surtout attentive à ce que personne ne sache que financièrement je n'étais pas à sa charge !

Bref! Tous ces souvenirs tournent dans ma tête. Je suis, parait-il , sa seule héritière. Vous parlez d'un héritage! Une maison... et pas n'importe quelle maison.... celle qui a vu couler chaque soir toutes les larmes d'une petite fille et ses appels étouffés par la couverture de son lit pour ne pas que l'on l'entende : maman...maman....maman... comme une lithanie!

Dès-que j'ai eu 18 ans, je suis partie. J'ai trouvé un travail en usine. Et ma tante a pu se gargariser en parlant de moi à ses amies comme de l'ingrate qui a tout reçu et n'a su montrer aucune reconnaissance envers sa bienfaitrice!

A force de tourner et retourner toutes ces pensées dans ma tête, je prends la décision de me servir des clés que le notaire m'a confiées.

Je suis devant la porte, le cœur serré, pas de tristesse mais pleine d'apréhension. J'entre et je revois le carrelage noir et blanc de l'entrée que je devais laver tous les jours en rentrant de l'école., même s'il n'était pas sale!

Je pénètre d'un pas dans l'entrée , puis j'avance et je regarde la porte , celle de gauche! Je sens que je panique ... vais -je  l'ouvrir ? 

Je sais que c'est la porte de la cave. Je la connais bien ! C'est là qu'elle m'enfermait lorsqu'elle sortait et qu'elle me laissait seule, ou encore lorsqu'elle me punissait pour une mauvaine note ou parole qui ne lui avait pas plu, ou pour n'importe qu'elle autre raison les jours ou elle n'était pas de bonne humeur et avait soi-disant besoin d'être un peu seule!

Je restais assise des heures sur la première marche de l'escalier, quasiment accolée à la porte fermée à clef,dans le noir de la cave  car je n'osais pas  descendre de peur des souris et des araignées.

Encore un pas... un autre... j'ai ouvert la porte et je me force à regarder. Je n'irai pas plus loin, mais je reste un grand moment, là, les doigts crispés sur le battant.de la porte..je regarde la marche, puis... j'ai l'impression de sortir d'un exorcisme! Je n'ai plus peur, je regarde l'obscurité , je fais enfin face à ma peur d'enfant... et je me sens forte! Comme libérée.

je ne suis plus une enfant !

J'ai pris ma décision. Je demanderai au notaire de s'occuper de la vente de la maison.Je n'en veux pas , je ne pourrai pas y vivre,mais le prix de la vente va  m'aider à reprendre mes études. Je sais ce que je veux ...  je ne vais pas plus loin dans la visite et je ressort en laissant grande ouverte la porte de la cave dont je jetterai la clé dans la rivière.

Je vais aller de l'avant.....  Je voudrai devenir assistante sociale pour l'enfance... aider les assistantes maternelles de mon mieux,  veiller au bien-être des enfants qui n'ont pas eu de chance au début de leurs vies.....

Et surtout.... ne pas me laisser piéger , je crois que je saurai lire dans les yeux des enfants qui ne bénéficient pas d'un placement chaleureux!

Même si la famille d'accueil semble parfaite, les apparences sont parfois trompeuses.

Je le sais, j'en suis la preuve.....je l'ai vécu !