Avez-vous remarqué que depuis la rentrée nous sommes passés(ées) dans la classe supérieure?

La prof (Mme Lakévio) nous donne devoirs avec des indications précises quand au début et la fin du devoir.

Les choses deviennent sérieuses !

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Ça a débuté comme ça...

Je ne pouvais quitter des yeux dans la vitrine de la petite bijouterie de la commune cette jolie "bague d'amour". Un anneau surmonté d'un rond d'or jaune au contours ciselés avec en son centre un + en éclats de diamant scintillant et un - en rubis . Cette bague symbolisait tout ce que je n'avais pas osé encore dire à Albertine: Je t'aime plus qu'hier et bien moins que demain.

Je suis entré dans le magasin je l'ai achetée et j'ai filé chez Albertine sans réfléchir tant que j'en avais le courage!

Trois mois plus tard nous étions mariés. Durant ces trente dernières années la bague n'a jamais quitté son doigt.

Trente ans d'un mariage heureux, trois enfants...  qui n'ont pas tardé dès leur majorité à nous quitter pour aller vivre à la ville. Nous avons compris leurs refus de rester vivre dans notre petite commune rurale. Ils n'avaient pas poursuivi des études pour se retrouver à garder les vaches.

Quoique ce soit bien grâce aux vaches et à la laiterie qu'ils ont pû les faire leurs fameuses études ! 

Grâce à nos bonnes et belles laitières qu'ils ont pû fréquenter la jeunesse dorée de la ville d'à côté et  rencontrer tous les trois une jeune-fille de bonne famille et  l'épouser. 

Nous n'avons pas eu besoin de nous soucier de l'organisation de leurs mariages, (leurs exigeance nous faisaient un peu tourner la tête) nous nous sommes contentés de signer les chèques de bon cœur heureux de leur bonheur. 

Ma pauvre Albertine était bien malheureuse de ne pas les voir très souvent, nos belles-filles trouvent que l'odeur du fumier les incommode. 

Le plus difficile étaient de ne pas voir (ou très rarement) nos petits enfants. Une visite l'an pour venir nous souhaiter la bonne année et surtout chercher leurs étrennes était loin de nous permettre de tisser des liens avec eux comme nous l'aurions rêvé! 

Lorsque le destin m'a enlevé Albertine elle est partie pour le cimetière avec sa bague au doigt. D'ailleurs pour la lui enlever il aurait fallu la couper et je n'ai pas voulu. Elle l'avait bien méritée et personne d'autre ne la porterai jamais.

Dès le retour des obsèques mes fils et leurs épouses ont proposé de me trouver une maison de retraite où l'on s'occuperait bien de moi.

Non, mais! Qu'est-ce qu'ils croyaient ?

A cinquante cinq ans, je n'allait quand-même pas partir chez les vieux ! 

Et mes vaches ? Ils y pensaient à mes vaches ?  Pourquoi pas les envoyer à l'abattoir ?

J'ai vu rouge ! Le ton a monté! Ils sont partis en claquant la porte.

J'ai appris à vivre seul. 

Puis, la solitude m'a semblé trop lourde. J'ai commencé participer aux voyages et repas  organisés par la commune.

J'y ai rencontré Josiane. Elle était veuve, d'une bonne compagnie, a du cœur à l'ouvrage, est d'humeur égale et peu à peu un sentiment de tendresse nous a réunis.

Je l'ai épousée au grand dam de mes enfants qui sont venus pour me morigéner. Devant ma décision bien arrêtée ils ont refusé d'assister à la petite cérémonie et s'en sont pris méchamment à Josiane .

Nous avons fait de nos deux solitudes une vie tranquille et sereine durant ving-cinq ans.

Puis à son tour Josiane m'a quitté pour, comme on dit, un monde meilleur.

Cloué au lit par un méchant lumbago, je n'ai pas pû l'accompagner à sa dernière demeure... j'ai interdit que l'on lui enlève son alliance , elle a été une bonne épouse. je lui rendrai visite dès que je tiendrai debout .

Je visiterai lors d'une même visite Abertine et Josiane.  

Elle l'a bien mérité parce-que les enfants ne se sont pas dérangés pour les obsèques.

En fait, Mme Polant déléguée par la voisine avait seule suivi le corbillard.