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 Oui, je sais, la lettre de Juliette en réponse à celle de Marie , je l'avais déjà mise sur la note du 15/03/2019, mais pour ceux qui ne l'auront pas lue ou ne s'en souviennent plus  (ou tout simplement pour vous éviter de chercher, je la réédite.

Le Goût ne nous a pas encore publié le devoir de la semaine....  alors voici un peu de lecture pour le week-end.... 

Lettre de Juliette :

                           Chère Marie.

 

Votre lettre est un magnifique cadeau que je n’espérais plus depuis longtemps.

Mes propres recherches n’ont jamais été couronnées de succès contrairement aux vôtres et j’avais fini par me dire que c’était une juste punition que le ciel m’infligeait.

Je n’ai pas le don de l’écriture pour vous décrire mon émotion à la lecture de votre lettre. Je peux juste vous dire : Oui ! Je souhaite de tout mon cœur vous rencontrer où vous le voulez, quand vous le voulez et je vous remercie très sincèrement de m’avoir retrouvée. Je vous indique mon N° de tel : xxxxxxxxx  si vous souhaitez que nous convenions d’un rendez-vous.

En toute sincérité, les mots me manquent aujourd’hui tant je suis sous le coup de l’émotion pour en écrire davantage.

Je vis depuis tant d’années avec les regrets et le remord d’être partie que je n’avais plus l’espoir de vous connaître un jour.

Je ne sais si je peux me permettre de vous embrasser mais c’est mon vœu le plus cher depuis si longtemps !

                                                                                                                                                                Juliette 

                                                                                                                                                           Veuve  Sauval

 

J’ai cacheté l’enveloppe, l’ai timbrée et glissée sans plus réfléchir dans la fente de la boîte à lettres la plus proche.

 

                                                                                                                 *****

Le téléphone a sonné deux jours plus tard à dix-neuf heures précises. Je m’en souviendrai toujours, je savais avec certitude que c’était le coup de fil que j’attendais, avec anxieté, personne ne me téléphonant habituellement le soir. Je me disais que j’allais, pour la première fois depuis quarante-sept ans entendre la voix de ma fille.

-Allo ? (Je ne reconnais plus ma propre voix qui s‘étrangle déjà sur un seul mot).

-Allo ! …Juliette ? C’est Marie…

- Bonjour Marie…

- Je…Je vous appelle pour convenir d’un rendez-vous. J’ai très envie de vous rencontrer.

- Moi également. Je peux me déplacer, j’ai mon véhicule… à moins que vous ne préfériez venir…

- Je pourrais, oui, si vous ne le préférez, Je sais que vous êtes à Perpignan et que cela fait un peu de route mais…

- Aucun problème la route ne me gêne pas et je dispose de tout mon temps. Je peux me déplacer…

- Heu… Il se trouve que nous avions prévu de passer le week-end du quinze - août à Biarritz, si cela ne vous fait pas trop loin nous serions heureux de vous inviter à nous y rejoindre, dès votre accord je vous retiendrai une chambre dans le même hôtel que nous.

- Oh ! Marie, je traverserais la France entière s’il le fallait pour vous rencontrer. C’est très gentil de votre part et je ne sais comment vous remercier.

- C’est parfait, si vous le voulez bien je vous confirme l’adresse et le nom de l’hôtel par courrier. Voici mon numéro de téléphone au cas où vous ne le trouveriez pas facilement, n’hésitez pas à m’appeler au 02 02 02 02 02. Il s’agit de l’Hôtel du Soleil qui se trouve en bordure de plage face à l’océan.

- Je trouverai…

- Alors…A bientôt ?

- Oui merci encore, à bientôt Marie.

Un moment de silence sur la ligne…Puis je pense que nous avons dû raccrocher en même temps.

Je regarde mon téléphone tellement silencieux que c’en est assourdissant.

Ce n’est que dans les romans que la mère et la fille abandonnée tombent dans les bras l’une de l’autre par téléphones interposés !

J’étais soulagée que nous n’ayons pas été plus loin dans la conversation, les explications viendront plus tard.  Les mots peuvent mentir, le regard plus rarement.

Je me remémorais chaque mot de notre courte conversation. Sa voix est douce même si j’y ai perçu une certaine tension. Quoi de plus normal ?

Je suis persuadée que le nœud qui me serrait la gorge a dû se ressentir dans chacune de mes paroles.

Pourquoi ne lui ai-je pas demandé le nom de sa fille… ou même son âge ? Le nom de son mari ou son métier ?

Stupide !... J’ai été stupide !

Je dormi très mal jusqu’au quatorze - août et ne pris la route que vers dix heures. En prenant l’autoroute il fallait prévoir cinq heures de voyage. En ces jours de fête et de vacances certainement que je mettrai beaucoup plus de temps à cause des embouteillages, mais cela ne me dérangeait pas. Je prévoyais de faire de nombreuses pauses et de me restaurer avant de téléphoner pour annoncer mon arrivée en fin d’après-midi.

 

                                    *****

 

Lorsque je suis arrivée à Biarritz, Marie m’attendait devant l’hôtel.

Nous nous sommes immédiatement reconnues. Je me voyais vingt-cinq ans plus tôt. Marie a peut-être pensé qu’elle me ressemblera   vingt-cinq ans plus tard.

 Après un instant d’hésitation, elle m’a rapidement embrassée puis m’a donné la clef de ma chambre pour que je puisse me rafraîchir et me reposer un peu avant de la retrouver ainsi que sa fille et son mari.

-« Nous prendrons le repas vers vingt heures à a salle à manger de l’hôtel. Cette longue route vous a sûrement fatiguée. »

Je gagnais ma chambre et soudain je trouvais que tout allait trop vite. Désorientée je m’allongeais sur mon lit et sommeillais une petite heure.

Ce repos et une douche me firent du bien et je descendis à la salle à manger que je trouvais facilement. L’hôtel, sans être un palace avait beaucoup de classe.

Dès-que Marie me vit sur le seuil de la salle à manger  vint à ma rencontre pour me guider vers la table où Mélody et son père étais assis. Jacques se leva et m’avança ma chaise pendant que Marie me le présentait ainsi que Mélody qui, se levant à son tour vint m’embrasser.

Jacques choisit le vin et tenant tendrement la main de sa femme posée sur la table (de la même façon que mon époux avait tenu la mienne en me disant qu’il ferait des recherches pour retrouver ma fille) déclara en nous regardant successivement :

-«  Si vous le voulez bien , nous allons faire connaissance tout en appréciant ce repas. Bon appétit !»

Puis, se tournant vers moi :

-« Pour meubler la conversation, ne vous inquiétez pas, je suis un grand bavard lorsqu’il s’agit de parler de ma  femme et de ma fille ! D’ici la fin du repas vous n’ignorerez plus rien des deux femmes de ma vie ! »

Grâce à lui le repas fût détendu, agréable et délicieux.

Jacques demanda que l’on nous serve le café dans un petit salon privé.

Après que nous nous soyons installés dans les fauteuils confortables, il interrogea sa femme, prononçant juste son nom :

-« Marie ? »

Celle-ci se racla un peu la gorge puis s’adressa à moi :

-« Oui. Voilà. Juliette, je tiens à vous mettre à l’aise. Si vous ne le souhaitez pas, vous pouvez refuser. Nous apprendrons à nous connaître plus tard. Mais si vous le voulez, nous aimerions ma fille et moi connaître votre histoire car elle est liée à mes origines.

- « Bien sûr, je comprends votre demande. Elle est légitime et si vous le souhaitez, je veux bien vous raconter mon passé quand vous le désirerez. »

-« Pourquoi pas ce soir a demandé Jacques approuvé par Mélody  »

Un peu prise de court, je réagis cependant sans hésiter, pensant en un éclair que le plus tôt était évidemment le mieux.

-« D’accord. » Et les yeux baissés je plongeais dans mon histoire bien décidée à n’en rien dissimuler. Je leur devais bien la vérité.  Toute la vérité.