16 avril 2020

suite et fin ...

 J'oubliais cette pauvre Juliette....  qui termine  sa confession son histoire.
Je me demande d'ailleurs comment vous faites pour ne pas en perdre le fil !
                                                                    ****

Comment aurais-je pu,  imaginer qu’un jour je pourrais me trouver en face de vous ?
   
La nuit était très avancée quand j’eus terminé de parler. Remuer tous ces souvenirs m’avait épuisée.
Marie, Mélody et Jacques restaient silencieux et ce silence me fit peur.  Je ne me suis pas sentie la force d’affronter leurs jugements.
Je me suis levée et prétextant la fatigue je les ai priés de bien vouloir m’excuser. Sans leurs laisser le temps de me répondre j’ai regagné ma chambre.
J’ai eu beaucoup de mal à trouver le sommeil je dormis très peu me posant tellement de questions. La plus importante à mes yeux se résumait en neuf mots :
Vais-je être pardonnée et acceptée dans leur vie ?
                                      *****
Réveillée très tôt, j'ai pris dès sept heures, la direction de la plage. Le sable est frais sous mes pieds nus et mon regard se porte vers l’infini; au-delà des vagues qui viennent se briser sur la plage là où l’océan redevient calme.
Le soleil matinal, s’il m’aveugle et m’oblige à cligner des yeux n’est pas encore vraiment chaud. Je regrette cependant de ne pas avoir pris mes lunettes de soleil.
La plage est déserte. J’ai marché le long de la grève, délaissant les alentours du ponton de l’hôtel qui seront bientôt fréquentés par la clientèle qui assaillira les terrasses pour le petit déjeuner pendant que les enfants s’éparpilleront sur la plage à recherche de possibles coquillages.
J’aime l’océan même s’il m’impressionne par son immensité.
J’aime sa force lorsqu’il se déchaîne et laisse percevoir une fureur incontrôlable et j’aime sa douceur lorsque, comme aujourd’hui il se fait scintillant et lisse et que son bleu se confond avec celui du ciel.
L’Atlantique, je l’ai tellement détesté, puis aimé tour à tour.
Je ne pensais pas qu’un jour je serais heureuse de le retrouver si identique à mes souvenirs.
Je suis consciente qu’à partir de ce jour, soit je l’aimerai toujours car il restera lié aux retrouvailles avec ma fille et sa famille, soit sa vue me sera à jamais intolérable si ceux -ci n’ont pas la force de me pardonner.
Je m’éloigne du bord des vagues qui viennent mourir à mes pieds et remonte vers le muret de pierres qui retient le sable qui menace d’envahir la chaussée.
Je m’y assieds, le regard toujours perdu dans le vague.
Je pense à hier soir.
J’ai tout dit de ma vie. Je me suis mise à nue. Trop peut-être ?
Je n’ai pas triché, ni menti, ni dissimulé.
Marie me ressemble tellement. Je n’ai pas trop osé soutenir son regard si semblable au mien mais sans la lassitude de l’âge et de la vision de tant de misères croisées sur mon chemin. Ses yeux à elle, sont brillants et reflètent l’amour qu’elle porte à son mari et sa fille lorsque son regard se pose sur eux avec amour et fierté.
Mélody… mon dieu comme elle est jolie !  Ses éclats de rire spontanés ont beaucoup égayé le repas lorsque son père parlait des femmes de sa vie !  Elle semble vive et spontanée comme on peut l’être à son âge, mais ses yeux semblent lire à travers les vôtres et deviner ce que l’on ne dit pas. Je pense qu’elle a bien fait de choisir des études de psychologie. Je suis persuadée qu’elle aidera beaucoup de monde et que ses patients l’apprécieront.
Les questions défilent obsédantes. Je ne peux me mettre à leurs places, je suis consciente que je ne peux juger avec impartialité mes propres fautes. Comment ont-ils perçu   ressenti et jugé mon histoire ? Me suis-je bien exprimée … ou trop exprimée ?  Pourquoi suis-je partie si vite dès la fin de mon récit ? 
Le soleil, la fatigue et les émotions des derniers jours ont   raison de moi et je ferme les yeux un instant.
                                        *****
Une voix lointaine me parvient portée par le vent léger. Je regarde autour de moi. J’aperçois sous le soleil devenu éblouissant deux silhouettes sur la plage qui viennent dans ma direction. La main sur le front en guise de visière je les regarde s’approcher…
- « Mamie ! »
Le cœur battant la chamade, je les reconnais…
-« Mamie nous te cherchions ! Nous commencions à nous inquiéter. Nous espérions te voir au petit déjeuner ! »
Les voici auprès de moi. Marie s’assied à ma droite, Mélody à ma gauche.
Incrédule je réalise soudain qu’elle m’a tutoyée et appelée Mamie. L’émotion est trop forte et me laisse sans voix pendant que je laisse couler librement mes larmes.
Dans le silence, elles attendent que je cesse de pleurer puis, alors que Mélody me tend un mouchoir, Marie décide en me prenant fermement la main :
-Allez ! Viens maman, allons retrouver Jacques !
Je me lève et devant mon regard embué l’océan ne m’a jamais paru plus beau !
                                                                               FIN 

Posté par emiliacelina à 22:08 - Commentaires [6] - Permalien [#]