13 mai 2020

Une brève de ma Douce...

J'adore de temps en temps lire une brève que se plaît à écrire Margot, ma petite fille que j'appelle ma Douce.

Je vous en fait profiter....   par petite touche je revisite ainsi (avec grand plasir) quelques uns de ses souvenirs d'enfance.

Evidemment, j'aime beaucoup la lire... je suis même très fière d'elle; et flattée qu'elle veuille me communiquer ses "brèves" en me demandant mon avis !


Elle est particulière cette odeur, celle de la forêt.
S'y mêle l'effluve des chênes, de l'humus, des fougères, de l'humide et du froid. Il n'y a pas de chemin. Je ne fais que suivre les déambulations de mon père à travers les arbres. Lui aussi a une odeur, une odeur qu'il n'a pas d'habitude. Ce sont ses vêtements, ce sont ses bottes, c'est son fusil : c'est l'odeur de la chasse. La chasse, avec lui, ressemble à une longue, une très longue ballade. On vient quand le jour n'a pas encore percé, on passe à travers champs et on finit par atteindre cet étrange endroit. Immense mais vide. Le monde ne s'y résume qu'à une vaste étendue d'obscurité où l'on perçoit à peine quelques ombres chinoises. Point de bruit si ce n'est le craquement des feuilles mortes sous nos pieds qui ressemble à un hurlement. Et lorsque les premiers rayons de soleil finissent par éclaircir lentement le ciel, que l'on promène son regard autour de soi, on n'a pas l'impression d'y voir beaucoup plus clair. Seuls au beau milieu des arbres dégarnis, la brume blanche engloutit tout, efface de notre vision ce qui existe. Etrange sentiment que celui de se trouver au centre d'un horizon infini.

Il n'y a pas de chemin, mais il semble savoir où nous sommes et où nous allons. Je suis son sillage à travers les ronces et les broussailles. Même s'il écrase la végétation devant moi, mes bottes s'empêtrent, mes manches se mêlent aux épines, des branches menacent mon visage. Jamais je ne pourrais survivre seule dans une forêt. Il me porte pour passer par-dessus un fossé plein d'eau et j'ai le sentiment de franchir une frontière. Peut-être, peut-être qu'il y a quelque chose au-delà de ça, quelque chose de différent. Un mystère à peine palpable jusqu'alors, disséminé en indices, mais qui trouverait son sens, ici. Le mystère de la forêt au-delà du fossé. Je lève mon regard, je m'attends à le voir surgir sous mes yeux. Je ne vois que les arbres, je n'entends que le vent. Mon père continue d'avancer, indifférent à ce qui aurait dû se trouver là. Et pourtant, j'espère, je me retourne, je tends encore l'oreille, je donne une dernière chance à ce lieu de me délivrer son secret.

Un coup de feu. On ne dit jamais combien le bruit d'un fusil est retentissant. Combien il résonne en échos pendant plusieurs secondes dans l'air, dans les poumons et dans la gorge. Combien l'odeur de la poudre prend aux narines, humide et tenace. C'est si fort que son existence se prolonge de quelques secondes à travers nous. Je tiens l'oiseau dans mes mains. Il ressemble à un rougegorge.
« Il ne faut pas le laisser souffrir. »
Et ce fût la fin. Un gros pouce appuyé sur une petite trachée, et c'était fini.
J'aurais aimé le garder.

Lorsque j'imagine la mort, je vois une vieille, une très vieille personne. Heureuse, lucide et entourée. Je la vois s'endormir dans un fauteuil pour ne plus jamais se réveiller. La mort ne doit pouvoir être qu'ainsi. Apaisante. Mais quelque chose dans cette image me glace, car si l'inconscience ôte toute douleur, il doit être terrible de ne pas savoir que l'on meurt, de ne pas sentir le passage. De ne pas savoir que là, dans la minute, on n'existera plus. Que ce souffle sera le dernier. On cessera, tout simplement. Ces pensées sont affreuses, car j'ai déjà l'impression d'y être. En un clignement de paupières, mes cheveux seront blancs, ma peau sera ridée. Qu'aurai-je fais alors ?

Mais déjà ces pensées s'évaporent, car une fois l'oiseau disparu dans la poche à gibier, nous continuons de marcher dans cette forêt sans chemin.

Et le retour est abrupt.
De l'immensité des bois, de l'océan des champs, du ciel bleu et lisse qui s'étend sans fin au-dessus de nous, il s'agit alors de s'enfermer dans la carrosserie étroite de la Renaud 19. Le pare-brise poussiéreux dénature les couleurs percutantes du réel. Le vent, chargé de tous les parfums environnants, ne passe plus. Ici, il n'y a plus qu'une odeur épaisse de chien mouillé. Le ronronnement du moteur et le brouhaha éraillé de la radio.
Mais c'est bien aussi, d'être ici. Ça fait partie du processus : le beau et le reste. La voiture, la ballade, la chasse, la voiture, la maison. Dans la cuisine, on arrache les plumes, on enfonce les doigts dans le cul jusque dans l'estomac, on les retire pleins de sang et de tripes. Et on recommence. On brûle le duvet à la bougie. On laisse le reste à ma mère le temps d'aller prendre un bain.
C'est ainsi que ça se passe.
Un repas, la télé, un feu de cheminée.
J'ai cinq ans.

Je lui ai fait remarquer que , à mon avis, son père n'avait sûrement pas gaspillé une cartouche sur un petit rouge-gorge, il n'en serait plus rien resté.

-"Mais, mamie, il faut te mettre dans le contexte, à cette époque tout petit oiseau de nos forêts était pour moi un rouge gorge lorsque je voyais son plumage rougi de sang, celà me paraissait évident. " !

Je ne verrai plus jamais les rouge-gorge de la même façon ! 

 

Posté par emiliacelina à 22:26 - Commentaires [3] - Permalien [#]

11 mai 2020

Le jeu du bouchon...

 

 

devoir de Lakevio du Goût_38.jpg

38ème devoir de Lakevio du Goût.
En cherchant chez Harold Harvey une œuvre qui au moins m’inspirerait pour le « devoir de Lakevio du Goût », j’ai vu celle-ci :

Elle a immédiatement attiré mon attention car elle est liée à un souvenir qui aujourd’hui me fait sourire mais qui m’a terriblement mortifié et frustré quand est survenu l’évènement.
Je suppose que vous aussi aurez quelque histoire à raconter à propos d’enfants, de jeu de billes ou simplement de campagne…

Souvenirs...Souvenirs...

Bien évidemment, ayant trois frères plus agés que moi , je me souviens de leurs parties de billes. Il faut croire qu'ils étaient bons à ce jeu car je revois encore les boîtes métalliques" vides des gâteaux secs qui n'avaient pas fait long feu devant les goinfres que nous étions) maintenant remplies à ras bord de ces billes colorées. Je savais bien que ce n'était pas ma mère qui les leurs avait achetées. Elle avait dû en acheter un petit sac à partager et leur adresse avait rapidement fait fructifier leur petit capital jusqu'à en remplir trois de ces boîtes qui s'étant révélées vite  trop petites avaient été remplacées par un seau.

Mais, le souvenir qui me revient aujourd'hui ne concerne pas le jeu de billes. D'ailleurs, même à l'époque je dois avouer que je ne me sentais guère concernée étant plus  plus jeune que mes frères j'étais davantage intéressée par mes poupons.

Les billes, c'était quand ils n'étaient que des gamins et moi une petite fille.  Puis, nous avons grandi  et les jeux ont changé. Enfin, changé...un peu. Ils ont délaissé les billes pour les "piastres". Vous ne connaissez pas 'les piastres " et le jeu du bouchon ?

 C'était des "rondelles" de plomb, d'environ entre 0, 5 et 1 cm d'épaisseur et 8 cm de diamètre. Je me souviens que pour celà, ils faisaient fondre des morceaux de plomb récupérés ici ou là et versaient le liquide brûlant dans une boîte de cirage vide. Une fois refroidi l'on obtenait une piastre. 

Nous avions un jardin partagé en deux par une allée de peut-être 30 mètres de long  et un mètre (à peu près!)... de large. D'un côté des massifs de fleurs, de l'autre des légumes divers,un magnifique figuier au tronc énorme, au fond un poulailler et des cages à lapins...bref...les souvenirs me rattrappent !

On pouvait alors soit jouer simplement avec les piastres qu'il fallait lancer le plus près possible du trait tracé en travers de l'allée, soit, et c'était le plus souvent, ils traçaient un cercle au centre duquel ils plaçaient un "bouchon" (en fait un bout de  manche à balai scié de ...peut-être 20 cm  ) sur lequel chacun plaçait sa mise en équilibre : une petite pièce. Ensuite, à une distance de..(j'sais plus combien) il fallait "décaniller(on disait çà, je ne sais pas si c'est vraiment français mais c'est n mot que nous utilisons toujours.) le  bouchon en lançant les piastres. Le tireur récupérait les pièces qui étaient tombées hors du cercle tracé sur le sol. Celles qui restaient à l'intérieur étaient de nouveau placées sur le bouchon avec les nouvelles mises de chaque joueur. Parfois celà faisait une sacrée hauteur... et la partie reprenait !

Ma mère partageait ces jeux. Elle adorait jouer avec ses fils qui n'était pas mécontent de lui piquer ainsi quelques pièces, même si elle n'était pas vraiment maladroite, au final, elle n'était pas gagnante.

Je me souviens surtout de ce jeu parce-que, même quand mes frères sont devenus de jeunes hommes et que Robert ayant enfin le droit de  venir chez moi se joignait à eux, je passais mon temps à les regarder jouer. Evidemment, je ne pense pas qu'il venait spécialement pour cela, mais ...faute de mieux ! ...

C'était quand-même de bons moments....

 

 

Posté par emiliacelina à 08:45 - Commentaires [18] - Permalien [#]
06 mai 2020

Il leur disait...

Il leur disait souvent : quand votre mère et moi ne serons plus là, conservez les liens qui unissent notre famille. Privilégiez les réunions familliales telles que celles que nous avons toujours tant aimées. Ne laissez pas le temps distendre les liens fraternels que nous avons tenu à vous inculquer tout au long de notre vie.

Ce n'est peut-être pas textuellement ses phrases, mais en substance c'était son soucis principal. Que cet amour familial qui nous unit et dont il était si fier, perdure quand nous les aurions quittés.

Il est parti le premier. Le père, le Patriarche, le modèle, laisse un vide énorme qui les rapproche encore plus. 

Alors ils ont décidé que, selon le principe des"cousinades" ils allaient programmer une " R....nade" tous les trois mois. L'idée est venue de l'épouse du plus jeune.  La première réunion de toute la famille  sans le chef du clan,était prévue pour le début mai.

L'ouverture de la pêche étant annoncée pour le 2 mai, nos pêcheurs avaient constitué des équipes qui seraient partagées aprrès tirage au sort dispachées sur les trois bateaux. Ce serait un concours qui avait été programmé lors du réveillon de Noël. Les perdants devraient assurer le service du repas du lendemain ... Les prises seraient pesées, comptées, mesurées. 

Les coupes que ma belle-fille avaient achetées en cachette pour les deux bateaux vainqueurs et la toute petite pour les perdants (ironiquement à peine 5 cm) découverte lors d'un vide grenier, sont toujours cachées dans le pacard. Avec le confinement, pas d'ouverture de pêche, pas de réunion.

La prochaine, R....nade" est prévue pour la mi-juillet .... chez  le fiston aîné à Soulac .Elle est particulièrement  importante . 

D'une certaine façon, nous serons tous là ! VRAIMENT TOUS ! 

Si les circonstances nous le permettent ....

 

 

Posté par emiliacelina à 18:47 - Commentaires [11] - Permalien [#]
04 mai 2020

Bizarre

devoir de Lakevio du Goût_37.jpg

Bien que nous soyons le 1er ami, jour chômé par excellence, je vous propose ce devoir pour lundi.
Magritte avait eu vent du « Covid-19 » j’en suis sûr.
Les amants qu’il a peints en sont la preuve.
Quelle sensation peut laisser un baiser quand on respecte les « gestes barrière » ?
Imaginez donc la chose.
Tentez-la.
Puis supputez ou racontez l’effet du coronavirus sur ce baiser.
Surtout un baiser « protégé » de cette façon…
À lundi…

Bizarre !

Pour un tableau bizarre   : il est bizarre ! Enfin, je le trouve bizarre. Mais je ne suis pas experte en beaux arts,  loin s'en faut !

Ce serait un tableau récent, je comprendrai...  Comme l'imagine  notre cher professeur, inévitablement notre esprit s'égarerait  et  penserait  coronavirus!

Mais ce n'est pas le cas: alors à quoi pensait le Sieur Magritte en peignant ces amants?  En toute franchise je suis très curieuse de le savoir. Il doit bien y avoir une raison...une explication ! 

Quoiqu'il en soit, cette toile, au premier abord me dérange! L'inconnu est déjà dérangeant et inquiétant en règle générale...alors imaginer un baiser ainsi protégé ? Curieux!

...Curieux et gênant.... Déjà que sous un  simple masque en tissu de ma fabrication je manque de souffle....  

Je ne parviens pas à  imaginer une histoire d'amour... ou alors se serait une histoire ... glauque. Et ça, je ne sais pas le faire . 

Bref ! En un mot comme en cent , vous l'avez compris, ce tableau ne me plaît pas !  

 

Posté par emiliacelina à 06:00 - Commentaires [20] - Permalien [#]
27 avril 2020

Promotion canapé ?

devoir de Lakevio du Goût_36.jpg

La soirée est agréable.
Trois hommes et une femme semblent passionnés par leur conversation.
Sur quoi peut-elle bien porter ?
Racontez donc cette conversation et les répliques qu’elle vous a inspirées.

 

La prochaine fois que quelqu'un prétend devant moi que seules les femmes sont des mauvaises langues je lui fais bouffer mon verre !

Il se pourrait même que je n'attende pas la prochaine fois si ces trois là n'arrêtent pas de baver sur Jacques!

 

- Tu te rends compte! Il est le dernier à être entré dans la société et c'est lui qui a obtenu le poste de responsable du service publicité! 

- Ce petit con avec ses idées d'avant garde ! J'ai cinq ans d'ancienneté de plus que lui, le poste me revenait de droit ! 

- Il fallait s'y attendre. Si le vieux était encore à la tête de la société ça ne se serait pas passé ainsi..

- Ouais! Mais il a pris sa retraite ! Depuis qu'il a filé les rènes de la boîte à sa fille , c'est le bordel !

- Le Jacques avec sa petite gueule de sportif et son allure décontractée, il n'a pas mis longtemps à se la mettre dans la poche!

- Hé! Hé  La promotion canapé ça ne marche pas que pour les gonzesses !

- D'ailleurs , il n'est pas encore là , Môssieu se fait désirer!

- Il n'a peut-être pas de smoking!

-La patronne non plus d'ailleurs n'est pas encore arrivée, ni son père . Ils ne vont pas tarder!

- Il est fichu de s'amener en jeans et baskets comme d'habitude !

- Pfff!!!!! On va encore être être obligés de subir le discours du vieux ! C'est tous les ans pareil !

- Bon ! On va bien être obligé de faire avec, la boîte est bonne et je ne me vois pas chercher une autre place !

- Tu as raison, mais ce qui est sûr c'est qu'à la première erreur on ne le loupera pas 

- Pas de cadeau, on ne lui facilitera pas les choses ! 

- Attention les gars , voilà la secrétaire de la patronne, en plus elles sont copines !

Et comment que l'on est copines bande de faux culs!  Et pas seulement copines, je me réjouis d'avance à l'idée de la tête que vous allez faire lorsque  "LE VIEUX" va annoncer le futur mariage de sa fille chérie avec le nouveau responsable du service publicité !

 

    

 

Posté par emiliacelina à 06:04 - Commentaires [18] - Permalien [#]

22 avril 2020

La lassitude nous gagne...

Allons...bon !  Déjà que je ne suis pas très inspirée, (d'ailleurs je n'ai pas fait le devoir de la semaine) voilà que mon ordi refait des siennes. Je ne sais pas ce qui se passe. Je viens sans problème sur mon blog mais je ne peux aller sur les autres pages (celles des blogueurs et blogueuses que je visite habituellement) . D'ailleurs la présentation de ma page d'accueil est différente pourtant je n'ai rien changé dernièrement. Quand je 'trifougne" dedans, je comprends que je dérègle pleins de choses, mais là, non  J'ai rien fait ! 

Je ne peux plus me connecter avec mon imprimante ...  j'attends toujours des nouvelles du dossier de la retraite de réversion... pas moyen de les joindre au téléphone... pas davantage de courrier !  

J'ai tenté de coudre quelques masques (il en faudra sûrement après le 11) mais c'est un fiasco, je n'ai pas de tissus qui puisse convenir! En plus je manque d'élastique !

J'arrête de tricoter ...plus de laine...et pas de boutons et fermetures éclairs pour les huit gilets terminés....  en plus , je sature un peu !

J'ai beau être favorisée par rapport à beaucoup d'autres vis à vis de la situation actuelle, j'ai un petit coup de "mou"! Je comprends donc bien le "mal être" de ceux qui sont privés de liberté, de travail, de contacts avec leurs enfants et petits-enfants ou ont quelqu'un d'hospitalisé sans pouvoir leur rendre visite malgré leur inquiétude! 

Hier je me suis endormie en écoutant les informations, avouez que c'est un comble ! Ce n'est pourtant pas que je sois fatiguée ! Mais, j'en ai marre de regarder  la télé ...seule !

Le temps est gris et il fait froid.... Moins on en fait...moins on a envie de faire quoi que ce soit...

La semaine dernière Pascal a voulu passer la tondeuse, je n'ai pas voulu parce-que les pâquerettes me plaisaient bien  !   J'ai eu tort parce que avec  la pluie il va avoir deux fois plus de boulot , la nature est en pleine forme.... l'herbe est haute et épaisse !

 

SANY0075

 

Le lila sent bon...

SANY0076

Et, malgré tout la lassitude nous gagne ... 

 

th9BTU7836

 

 ........................ de me plaindre!  Mais, des fois, on a envie de râler un peu ... et ça fait du bien !

 

 

Posté par emiliacelina à 21:08 - Commentaires [12] - Permalien [#]
16 avril 2020

suite et fin ...

 J'oubliais cette pauvre Juliette....  qui termine  sa confession son histoire.
Je me demande d'ailleurs comment vous faites pour ne pas en perdre le fil !
                                                                    ****

Comment aurais-je pu,  imaginer qu’un jour je pourrais me trouver en face de vous ?
   
La nuit était très avancée quand j’eus terminé de parler. Remuer tous ces souvenirs m’avait épuisée.
Marie, Mélody et Jacques restaient silencieux et ce silence me fit peur.  Je ne me suis pas sentie la force d’affronter leurs jugements.
Je me suis levée et prétextant la fatigue je les ai priés de bien vouloir m’excuser. Sans leurs laisser le temps de me répondre j’ai regagné ma chambre.
J’ai eu beaucoup de mal à trouver le sommeil je dormis très peu me posant tellement de questions. La plus importante à mes yeux se résumait en neuf mots :
Vais-je être pardonnée et acceptée dans leur vie ?
                                      *****
Réveillée très tôt, j'ai pris dès sept heures, la direction de la plage. Le sable est frais sous mes pieds nus et mon regard se porte vers l’infini; au-delà des vagues qui viennent se briser sur la plage là où l’océan redevient calme.
Le soleil matinal, s’il m’aveugle et m’oblige à cligner des yeux n’est pas encore vraiment chaud. Je regrette cependant de ne pas avoir pris mes lunettes de soleil.
La plage est déserte. J’ai marché le long de la grève, délaissant les alentours du ponton de l’hôtel qui seront bientôt fréquentés par la clientèle qui assaillira les terrasses pour le petit déjeuner pendant que les enfants s’éparpilleront sur la plage à recherche de possibles coquillages.
J’aime l’océan même s’il m’impressionne par son immensité.
J’aime sa force lorsqu’il se déchaîne et laisse percevoir une fureur incontrôlable et j’aime sa douceur lorsque, comme aujourd’hui il se fait scintillant et lisse et que son bleu se confond avec celui du ciel.
L’Atlantique, je l’ai tellement détesté, puis aimé tour à tour.
Je ne pensais pas qu’un jour je serais heureuse de le retrouver si identique à mes souvenirs.
Je suis consciente qu’à partir de ce jour, soit je l’aimerai toujours car il restera lié aux retrouvailles avec ma fille et sa famille, soit sa vue me sera à jamais intolérable si ceux -ci n’ont pas la force de me pardonner.
Je m’éloigne du bord des vagues qui viennent mourir à mes pieds et remonte vers le muret de pierres qui retient le sable qui menace d’envahir la chaussée.
Je m’y assieds, le regard toujours perdu dans le vague.
Je pense à hier soir.
J’ai tout dit de ma vie. Je me suis mise à nue. Trop peut-être ?
Je n’ai pas triché, ni menti, ni dissimulé.
Marie me ressemble tellement. Je n’ai pas trop osé soutenir son regard si semblable au mien mais sans la lassitude de l’âge et de la vision de tant de misères croisées sur mon chemin. Ses yeux à elle, sont brillants et reflètent l’amour qu’elle porte à son mari et sa fille lorsque son regard se pose sur eux avec amour et fierté.
Mélody… mon dieu comme elle est jolie !  Ses éclats de rire spontanés ont beaucoup égayé le repas lorsque son père parlait des femmes de sa vie !  Elle semble vive et spontanée comme on peut l’être à son âge, mais ses yeux semblent lire à travers les vôtres et deviner ce que l’on ne dit pas. Je pense qu’elle a bien fait de choisir des études de psychologie. Je suis persuadée qu’elle aidera beaucoup de monde et que ses patients l’apprécieront.
Les questions défilent obsédantes. Je ne peux me mettre à leurs places, je suis consciente que je ne peux juger avec impartialité mes propres fautes. Comment ont-ils perçu   ressenti et jugé mon histoire ? Me suis-je bien exprimée … ou trop exprimée ?  Pourquoi suis-je partie si vite dès la fin de mon récit ? 
Le soleil, la fatigue et les émotions des derniers jours ont   raison de moi et je ferme les yeux un instant.
                                        *****
Une voix lointaine me parvient portée par le vent léger. Je regarde autour de moi. J’aperçois sous le soleil devenu éblouissant deux silhouettes sur la plage qui viennent dans ma direction. La main sur le front en guise de visière je les regarde s’approcher…
- « Mamie ! »
Le cœur battant la chamade, je les reconnais…
-« Mamie nous te cherchions ! Nous commencions à nous inquiéter. Nous espérions te voir au petit déjeuner ! »
Les voici auprès de moi. Marie s’assied à ma droite, Mélody à ma gauche.
Incrédule je réalise soudain qu’elle m’a tutoyée et appelée Mamie. L’émotion est trop forte et me laisse sans voix pendant que je laisse couler librement mes larmes.
Dans le silence, elles attendent que je cesse de pleurer puis, alors que Mélody me tend un mouchoir, Marie décide en me prenant fermement la main :
-Allez ! Viens maman, allons retrouver Jacques !
Je me lève et devant mon regard embué l’océan ne m’a jamais paru plus beau !
                                                                               FIN 

Posté par emiliacelina à 22:08 - Commentaires [6] - Permalien [#]
15 avril 2020

Pourvu que ça dure !

Je disais dernièrement que, en ce qui concerne le conditionnement , je ne suis pas vraiment à plaindre .

Je suis contente. Je viens de trouver de quoi m'occuper,  un carton que j'avais relégué dans le garage lorsque j'y avais rangé la machine à tricoter et ...oh! surprise rempli de pelottes de laine. Ça m'est revenu, je les avais oubliées.

Tout ça pour vour dire que je me suis illico installée face à la fenêtre: avouez que je ne suis pas vraiment à plaindre, la photo ne montre pas sur la droite la plus belle partie du lilas blanc qui embaume !

SANY0072

  Les laines ne me plaisent que moyennement question couleurs mais elles plaisent beaucoup à Marine pour sa fille Abby et à Marie pour Mïa.  J'en suis au 6ème tricot (gilet) que je range soigneusement dans le tiroir de la commode car pour les finitions (boutons et fermeture éclair) je ne peux aller dans les magasins!  J'espérais...que...peut-être...après le 11 mai j'aurai pu y aller ..mais cest compromis à mon avis ! 

De temps en temps, le fiston vient me faire la causette à la fenêtre ... il le peut et Mumu aussi parce-que depuis 3 semaines ils ne sont pas sortis de chez eux, tout comme moi. Donc, nous sommes "clins". Nous ne prenons pas de précautions particulières.

Marine (la fille de Mumu lui fait ses courses et j'ai aujourd'hui fait une commande au drive L....rc. Elle est disponible dès demain 13 h. Bruno (fisto n°2) ira me la chercher. J'ai pu avoir tout ce qu'il me faut pour bien plus d'une semaine.

Le troisième fiston est plus inquiet..... il risque de se retrouver sans travail avant peu .... Son employeur prévoit de mettre la clé sous la porte. 

Mais...bon... nous avons la chance d'être en bonne santé....c'est le plus important...pourvu que ça dure !,

A part la naissance de bébé Mïa....l'année 2020 commence Pourrie !!!!!

Posté par emiliacelina à 21:31 - Commentaires [5] - Permalien [#]
13 avril 2020

Foutu panneau...

Mais, qu'est-ce que c'est que ce binz? 

Le prof tellement confiné qu'il en perd le sens des réalités : nous ne sommes pas en période de vacances ?

Consciencieux...il choisit le teletravail ! 

 

34ème devoir de Lakevio du Goût

devoir de lakevio du gout_34.jpg

Dites quelque chose sur ce printemps magnifique dans une ville déserte.
Une histoire qui commencerait par :
« L’air était moins étouffant que la veille et j’ai même cru sentir la caresse d’une brise, en marchant sous les arcades, jusqu’à la place de la Concorde. »
Et dont les derniers mots seraient :
« Malheureusement je ne crois pas qu’il suffise de traverser la Seine. » 
Oui, ces mots sont empruntés à « Patriiiick !!! »

 Foutu panneau !

« L’air était moins étouffant que la veille et j’ai même cru sentir la caresse d’une brise, en marchant sous les arcades, jusqu’à la place de la Concorde. » 

J'ai entendu le client qui vient de garer sa magnifique moto sous mes yeux dire cette phrase en payant le journal qu'il vient d'acheter. A mon avis il a dû lire ça quelques part .... peut-être même en feuilletant un livre sur le présentoir.(  bon ! d'accord! il avait dû marcher jusqu'à la place de la concorde pour récupérer sa harley).
La caresse d'une brise en ces temps de canicule , c'est un vrai bonheur.... d'ailleurs même moi je m'en rend compte.  Je lorgne avec envie sur la moto qui semble s'être garée là,juste pour me narguer. Je m'imagine sur l'engin telle Brigitte Bardot je chanterai "je n'ai besoin de personne et je roulerai les cheveux dans le vent " même sils sont courts !Vous vous rendez compte ce que l'imagination peut faire? Je me décolle de ce foutu panneau de  kiosque, je grimpe sur l'engin, puissant et je fonce droit devant , je ne reconnai plus personne.......

Je donnerai cher pour me décoller parce-que je filerai sur la route, je passerai le pont qui enjambe la seine. Dans ma tête raisonnent les paroles de la chanson. Je la connai par cœur, elles tournent en boucles, je  ronge mes ongles d'enervement en pensant que "les trépidations de sa machine lui donnent des envies dans le creux de ses reins"!  

Le client revient,coiffe son casque et repart, pétaradant....sans même me jeter un regard!  

Remarquez : je ne suis pas BB :  pour qu'une moto me fasse un effet pareil, "Malheureusement, je ne crois pas qu'il suffise de traverser la Seine"

 

 

 

Posté par emiliacelina à 23:39 - Commentaires [6] - Permalien [#]
09 avril 2020

Avant dernière suite N°15

 


      La mission devait durer un an. Habituellement les missions étaient plus courtes, mais notre présence avait été maintenue  plus longtemps  vu la situation d'extrême    nécessité.
Il y avait six mois que nous étions sur place, il restait donc six mois avant que nous ne regagnions la France. Lorsque nous quittions les postes que nous avions occupés nous partions toujours avec beaucoup de regrets mais une période de transition était toujours obligatoire entre deux missions et nous savions qu’une autre équipe de MSF viendrait prendre notre relais.
Le travail durant ces missions demandant un investissement physique et émotionnel de chaque instant, pour des journées dépassant parfois seize ou dix-huit heures il fallait des périodes de repos suffisamment conséquentes entre deux départs pour récupérer et pour ceux qui en avaient  une,jouir du plaisir de retrouver leurs familles.
Nous sommes rentrés en France au printemps deux - mille - six.
   *****
Comme promis Alexandre entreprit des recherches. Nous apprîmes que les archives de Marennes avaient disparues dans un incendie. Lorsque nous allâmes « rôder » du côté où j’avais grandi la maison que j’habitais avait laissé sa place à une grande résidence de plusieurs habitations luxueuses.
Je ne reconnus plus les lieux de mon enfance et ne retrouvai aucune personne que j’eusse connue à cette époque. Mon passé semblait disparu. Nos recherches n’ont pu aboutir.
C’est à ce moment - là que mon mari commença à se sentir très fatigué.
Au cours de notre dernier séjour en Afrique il avait perdu dix kilogrammes mais nous pensions que les conditions de vie qui avaient été les nôtres durant un an de mission pouvaient l’expliquer. Ayant du mal à récupérer il préféra aller consulter. Les examens dépistèrent une hépatite C.
Durant les années suivantes il supporta plusieurs épisodes de traitement à l’Interféron auxquels son organisme ne répondit pas. La cirrhose s’installa puis il fut inscrit sur la liste de demandeurs d’organes.
Nous avons attendu plusieurs mois qu’une famille endeuillée, après la perte d’un être cher accepte généreusement de faire dons de ses organes en vue de transplantations. Le foie du disparu fut attribué à Alexandre. Il fut greffé en deux-mille-dix-huit.
La suite de l’opération fut difficile et des complications survinrent suite à plusieurs rejets compliqués de problèmes de voies biliaires.
L’hépatite C se réactiva, la médecine ne savait pas encore comment la guérir et finalement il quitta ce monde à mon grand désespoir, en novembre deux-mille-dix-neuf.
Auparavant, conscient de son état et malgré tout toujours soucieux de mon avenir il me conseilla, lorsqu’il ne serait plus là de quitter ce coin de France et d’aller vivre ailleurs.
-« Où que tu sois je veillerai toujours sur toi. Pose tes valises ailleurs, vers le sud de notre hexagone par exemple. Quitte les Charentes et espère toujours… si nous n’avons pas réussi à retrouver ta fille peut-être que ce sera elle, qui un jour te retrouvera. Ne désespère jamais. »
Je lui fis confiance et suivis ces conseils. Mon choix se fixa sur Perpignan.
Pourquoi Perpignan ? Simplement après avoir regardé un reportage sur cette ville présentée comme une « commune du sud de la France » j’y vis comme un signe et pris ma décision sans réfléchir davantage.
Sans me déplacer, je pris contact avec une agence immobilière qui me proposa en location un appartement rue Saint Pierre.
Les photos reçues me plurent et j’y emménageais durant le printemps deux-mille-dix.
Je pris beaucoup de plaisir à m’installer à cette nouvelle adresse. J’avais de nombreux souvenirs ramenés de nos voyages aux quatre coins du monde durant toutes ces années. De les manipuler pour leurs trouver une place qui les mettent en valeur dans mon petit trois pièces fit fréquemment perler quelques larmes à mes yeux.
Lorsque mon installation fut terminée, je me retrouvai bien désœuvrée  l’automne venue et je commençais à me promener un peu dans la ville.
J’avais alors soixante-neuf ans et le sort m’ayant toujours dotée d’une bonne santé physique, l’inaction commença à me peser. Je ne voulais pas me laisser gagner par l’ennui et la tristesse que je sentais poindre. Je savais que je devais réagir.  La vie avec Alexandre m’avait appris qu’il n’était pas bénéfique de se laisser aller à la mélancolie.
De ma fenêtre, j’avais remarqué en face de chez moi une certaine agitation et découvert que ce tenait là une antenne de l’association « Restos du Cœur » comme l’indiquait le panneau au - dessus de la grande porte d’un hangar.
En traversant la rue je me disais : pourquoi pas ? La misère ne loge pas uniquement à l’autre bout du monde. Je peux peut-être encore me rendre utile.
Je fus accueillie avec reconnaissance. L’agence manquait cruellement de bénévoles et l’hiver n’allait pas tarder
J’ai commencé par réceptionner les denrées que livraient les camions. Rapidement grâce à ma longue expérience acquise au cours de mes années chez Médecins - sans- Frontière, je pus fournir de judicieux conseils pour améliorer l’organisation de toute cette marchandise et en faciliter la distribution.
Ces sentiments, je savais les gérer. Je les connaissais bien. Je les avais même vécus. En ce qui me concernait De la même façon je savais déceler chez les bénéficiaires de l’association tout malaise aussi bien physique que moral. Un regard baissé ou simplement fuyant, un geste ou une attitude embarrassée me signalait immédiatement la souffrance ou le désespoir ou même parfois la honte. Tous ces sentiments ayant souvent un seul dénominateur commun : la pauvreté.
 En ce qui me concernait un seul sentiment troublait encore ma conscience : le remord ; mais je m’en accommodais. C’était ma punition pour avoir abandonné ma petite fille et je l’acceptais.
Pour me faire pardonner, même si je savais que c’était impardonnable, je me consacrais passionnément à cette nouvelle mission.
J’avais pu me rendre compte que j’établissais plus facilement un rapport de confiance avec les enfants qu’avec les adultes. Leurs regards tellement sérieux ou tristes s’illuminaient devant le moindre cadeau. Parfois pour une simple sucette et ils me sautaient au cou. Mon cœur fondait d’émotion et de compassion.
Je décidais de me consacrer plus particulièrement à eux tant que j’en aurai la force. J’étais libre de mon temps, sans charge et sans attache. Je n’avais à m’occuper de personne d’autre et personne d’autre n’avait besoin de ma présence.
De la même façon que je veillais sur les enfants malades au Niger je me dévouais pour les enfants du Restos-du-Cœur.
Quand je leur ai dit que je m’appelais Juliette, je suis devenue Juju pour eux tout simplement.
Pendant que les collègues bénévoles s’occupent des parents ( le plus souvent isolés) je prends en charge leurs enfants m’occupant de leurs besoins, leurs distractions. Les « Restos » fournissent les fournitures scolaires et j’ai installé une grande table où les enfants qui le souhaitent peuvent dessiner ou faire leurs devoirs aidés par une bénévole ancienne institutrice.
Les rires, les jeux et l’attention que l’on leur porte sont de bons remèdes. Ils en ont autant besoin que de nourriture.
Mon mari l’affirmait souvent et prenait le temps chaque fois qu’il le pouvait d’écouter ses malades et partager un instant avec les enfants.  Je me dis que c’est lui qui a guidé mes pas jusqu’ici.
Ma vie se déroulait sereine et bien remplie. Je ne demandais rien de plus. Mes journées s’écoulaient selon un ordre bien établi que rien ne venait bousculer.
Que rien ne devait bousculer !

Posté par emiliacelina à 18:28 - Commentaires [3] - Permalien [#]