J'hésitais à publier les pages qui vont suivre parce-que trop pleines de souvenirs douloureux. 

Puis, je me suis relue et je me dis que ces souvenirs font partie de notre vie et que ne jamais oublier est un devoir même si, parfois, malgré le temps passé depuis, la peine et la révolte contre un destin injuste sont toujours présents !

 

                  Toute une vie en deux-ans et demie

                                   Première partie

 

 

Bruno et Valérie ne sont pas restés longtemps dans le petit appartement qui avait vu passer Eric, puis Pascal dans ses murs. Celui-ci manquait quand-même de confort, et la maman de notre future belle-fille s’inquiétait par trop, car Valérie, avant de rencontrer Bruno, avait été hospitalisée pour un pneumothorax. J’ai su, plus tard qu’elle avait beaucoup souffert. Elle était allergique à la xylocaïne et certains soins avaient été particulièrement douloureux. Il convenait donc de prendre certaines précautions, tant pour Valérie que pour rassurer une mère toujours un peu inquiète !

Nos deux tourtereaux ont donc déménagé dans un appartement plus moderne, bien qu’au premier étage ! Tous deux avaient grandi  dans un pavillon avec jardin. Pour eux, ce n’était pas vraiment encore l’idéal, mais quand on est jeunes et amoureux, il suffit d’être deux !

Bien que d’apparence fine et délicate, Valérie ne manquait pas de tempérament ! Lors de discussions parfois très animées, au cours de repas avec ses futurs beaux-frères que, soit dit en passant, elle trouvait un tantinet « machos » avec des idées d’un autre temps, elle ne s’était pas gênée pour leur balancer : -Ce n’est pas parce-que vous avez quelque chose entre les jambes que vous êtes plus fort et plus intelligent !(sic) C’était envoyé clair et net ! Le plus fort,  c’est que, une fois l’effet de la surprise dissipé, cela faisait tordre de rire mes grands gaillards ! Ils en ont encore le souvenir, puisque c’est d’eux que je tiens cette anecdote !                                     

Elle s’est vite attelée au renouvellement du vestiaire de Bruno, le trouvant trop « ringard ». C’est vrai que Bruno ne pêchait par l’originalité de ses tenues vestimentaires. Très classique le Monsieur ! Et moi qui le trouvais plutôt chic !

Valérie était secrétaire commerciale et travaillait dans une entreprise de fournitures de bureaux. Bruno gagnait très bien sa vie. Ils auraient dû être heureux !

Bruno regrettant toujours le milieu du graphisme avait très envie de renouer avec ce travail, mais depuis son départ à l’armée, il avait un peu perdu de sa dextérité. La société de graphisme où il avait fait son apprentissage puis travaillé  jusqu’à son départ sous les drapeaux, voulait bien le reprendre mais à un salaire beaucoup moindre que celui, très confortable qu’il avait actuellement , puisqu'il était alors directeur dans une société de photogavure.

Valérie a eu l’intelligence et le cœur de comprendre le besoin de Bruno et n’a pas vu d’inconvénient à ce changement de salaire. Enfin, j’imagine qu’elle avait bien dû hésiter, je n’étais pas dans ses pensées ! Toujours est-il qu’il est reparti de la base dans son travail et qu’elle l’a soutenu.

Je sais que le soir, lorsque Bruno travaillait à sa table de dessin, elle avait coutume de s’asseoir auprès de lui avec un livre et lui tenait compagnie, elle lisant, lui dessinant.

Ils ont voulu un chien. Eric leur a procuré un griffon-korthal d’excellente lignée. A l’origine adorable chiot mais qui va devenir rapidement un chien d’assez bonne taille. Peut-être pas très raisonnable lorsque l’on habite en appartement ! Ils l’ont appelé Edgard !

Ainsi s’est déroulée l’année 1989, puis le printemps 1990. Lorsqu’une petite maison avec jardin s’est libérée non loin de chez nous, ils ont décidé de la louer ! Ce serait plus commode pour le chien ! Il y avait quelques travaux, mais cela n’est pas un problème pour notre famille. Il y en a toujours un, qui a, subitement, un projet quelconque et tout le monde s’y attelle de bon cœur.

Ce samedi- là, le déménagement était en cours au milieu des derniers travaux. Bruno m’a confié que Valérie avait téléphoné à sa maman, car, le mâtin elle avait craché un filet de sang ! Je lui proposais de l’accompagner au cabinet de radiologie, en attendant que sa mère revienne, car, ce jour- là, elle était dans la famille de son ami. Tous les deux ont pris la route immédiatement.

Les radiologues, après l’examen, ont parlé à Valérie à part. Ils lui ont conseillé  de se rendre chez son médecin sans tarder. Nous sommes allées chez le mien qui nous a reçues immédiatement. A l’auscultation, derrière le dos de Valérie, il m’a fait comprendre par une mimique expressive qu’il n’aimait pas ce qu’il entendait. Il a lui-même appelé le service hospitalier qui l’avait soignée précédemment, pour organiser son admission. La pauvre petite était bouleversée, mais avec la volonté et la retenue qui l’ont toujours caractérisée, elle n’a pas fait de commentaires. Moi non plus, j’étais trop inquiète et ne savais pas trop comment me comporter. Je pense qu’elle avait plus besoin de sa mère et de Bruno, pour se laisser aller un peu. Le souvenir de son dernier séjour était assez récent pour qu’elle n’en ait rien oublié.

Nous sommes revenues dans le logement pas complètement installé. Marcelle, sa maman, était arrivée avec Jean-Paul son compagnon.

Il a fallu préparer son sac, et, la suite immédiate : l’entrée à l’hôpital, les premiers examens et résultats, ont été le lot de sa maman et de Bruno. Heureusement Marcelle avait Jean-Paul, qui, d’après ce que j’ai pu voir, a été d’un très grand soutien pour tous les deux.

Je me suis cantonnée au rôle de visiteuse. Valérie avait une grande volonté, toute tendue vers le respect et la dignité. Elle appliquait ses principes à elle-même, tout comme elle jugeait sévèrement ceux qui ne les respectaient pas.

Les mois suivants ont été un véritable enfer.

Chimio ! Rayons ! Opérations ! Elle a eu droit à tout !

L’espoir, tenace, aidait à supporter la situation.

Marcelle alternait avec Bruno, les nuits épuisantes, qui, à l’hôpital, suivaient les séances de chimiothérapie. Après une nuit passée dans le fauteuil auprès du lit de sa fille, elle repartait pour sa journée de travail. Valérie n’aurait supporté personne d’autre auprès d’elle dans ces moments où elle se sentait dévalorisée. Dans les intervalles, elle revenait à la maison, chez sa mère. Le couple s’y était installé. Marcelle et Jean-Paul prenaient soin de Valérie et Bruno partait au travail plus tranquille.

Edgard devenu superbe, n’avait pas droit de cité sur le beau canapé de Marcelle où sa maîtresse se reposait en règle générale. Par contre, comme dit le proverbe : quand le chat n’est pas là, les souris dansent ! En guise de danse, Edgard profitait de la plus petite absence de Marcelle pour se pelotonner auprès de Valérie et se prélasser sur le canapé !