Toute une vie en deux ans- et- demie

                                     Deuxième partie

 

 

 

 

Le premier janvier approchait et Valérie tenait à ce que celui-ci se passe chez eux. Personnellement je ne trouvais pas l’idée très raisonnable. Sans nous être consultées, j’étais persuadée que Marcelle était du même avis que moi, mais allez faire entendre raison à une jeune entêtée, qui avait décidé que le dernier réveillon s’étant passé chez Eric, il avait été convenu que celui de cette année se passerait chez eux. Il était hors de question de ne pas tenir ses engagements ! Elle aurait tout le temps de se reposer ensuite.

La tradition, chez nous, voulant que nos enfants nous réservent le réveillon de Noël, ils s’organisaient selon leurs choix, pour celui du premier de l’an. Le plus souvent, ils réveillonnaient entre jeunes. Le lendemain de ces deux jours étant généralement consacré à la famille de nos  belles-filles.

Le cours de cette soirée du trente et un décembre 1990, a vu son cours brusquement perturbé, la copine de Pascal ayant trouvé plus « confortable » de perdre les eaux sur le canapé ! Comme nous ne savions pas le sexe du futur bébé (soit la mère ne savait pas, soit elle en avait gardé le secret) Bruno m’a raconté le lendemain que son cousin Thierry, faisant semblant de flairer le canapé, avait déclaré d’un ton docte : c’est un garçon ! Il avait raison !

Cette soirée, ce ne fut pas une surprise, a été éprouvante pour Valérie. Elle a dû monter se coucher en refusant que la fête soit écourtée pour les autres participants.

Jimmy, notre troisième petit enfant est né ce premier janvier 1991. Moi qui n’ai pas la mémoire des dates, je n’ai aucune peine à retenir celle-ci. Par contre, il n’est pas trop favorisé pour son jour anniversaire ! Remarquez, son père étant du 29 décembre, Murielle leur organise une soirée commune, entre Noël et le premier de l’an. C’est d’un commode ! Les fêtes de fin d’année passées, tous n’aspirent plus qu’au repos !

Honnêtement, j’ai un peu de mal avec la chronologie des évènements écoulés durant les cinq mois qui vont suivre. Les souvenirs ne sont pas toujours aisés à exprimer.

Nos jeunes mariés ont décidé de se faire bâtir une maison. Un constructeur, ami des parents de Valérie, s’occupait de leur dossier avec beaucoup de bienveillance. La grand-mère maternelle de Valérie leur apportait l’apport financier qui leur manquait au départ, en attendant que le crédit soit accordé.

La santé de Valérie ne s’arrangeant pas, le couple était toujours chez Marcelle et Jean-Paul.

Lorsque j’allais lui rendre visite, l’après-midi, nous nous installions sur le canapé, feuilletant les revues traitant de décoration. Elle  savait exactement quel genre de rideaux elle voulait et réfléchissait à l’aménagement de leur maison à venir. Vaste sujet !

Elle avait aussi, sur les catalogues de vente par correspondance, choisi pas mal de vêtement pour Bruno. J’approuvais. C’est vrai qu’elle avait beaucoup de goût..

Comme il était inutile de continuer à payer un loyer qu’ils n’occupaient pas, je suis allée avec Marcelle faire les cartons. Il a fallu vider cette location où ils n’ont pas beaucoup vécu. Cela leur permettrait de faire des économies.

Moments très difficiles pour Marcelle qui luttait désespérément contre le chagrin en manipulant tant de souvenirs concernant sa fille.

Les visites de Bruno étaient difficiles. Courtes et difficiles ! Ne sachant trop quoi lui dire de crainte d’être maladroite, et, ce faisant, de me faire sèchement rabrouer, je me taisais et Bruno finissait par repartir !

Et puis, un soir, il m’a confié que les médecins les avaient convoqués, lui et Marcelle pour leur annoncer que l’équipe médicale ne pouvait plus rien faire pour Valérie. 

Dès lors, Marcelle et Bruno, épaulés par Jean-Paul, ont vécu l’enfer !

Ils ont dû vivre, normalement en apparence, en voyant Valérie s’affaiblir chaque jour davantage.

C’est ainsi que Valérie nous a quittés, la veille du week-end de Pentecôte i991.

Je retrouve aujourd’hui quelques lignes que j’avais écrites alors. Ce sont les derniers feuillets que j’ai retrouvés dans mon tiroir. J’ai cessé d’écrire ensuite. Je les recopie sans rien y changer!