Après quelques pages narrant notre rencontre et la difficulté de fréquenter ( les garçons) à l'époque de mes seize ans peut être que mes fils, mieux que mes petits enfants comprennent que les choses  se  déroulaient ainsi pour  beaucoup de filles. Nous n’étions majeures qu’à 21 ans et l’éducation de l’époque était beaucoup plus stricte. Déjà, enfants, nous ne parlions pas à table.Il valait peut-être mieux ! Imaginez la tablée dans une famille de huit enfants chez moi  ou de dix  chez Robert! Nous ne répondions pas à nos parents, et, si d’aventure nous venait l’idée saugrenue de hausser la voix lors d’une discussion (quand une discussion était envisageable, ce qui était rare !) la menace d’une gifle n’était jamais bien loin ! D’ailleurs, bien souvent, nous nous gardions  bien de répondre, et taisions ce que nous pensions . Si nos parents avaient pu lire dans nos pensées.....

 Bref ! Courageux, mais pas téméraires !

Cette forme d’éducation a dû me laisser des traces !

Lorsque mes trois garnements s’échappaient après une bêtise, ils ont goûté du martinet ! Comme ils courraient plus vite que moi, surtout en gagnant leurs chambres situées à l’étage, et que je m’arrêtais à la première marche, les brins de cuir atterrissaient sur leurs mollets et, même, parfois, y laissaient quelques zébrures rouges !  

Inutile de vous dire à quelle vitesse ils escaladaient l’escalier ! Plus vite que le vent !

Il faut comprendre ! Trois gamins qui s'entendaient comme larrons en foire, j'avais parfois un peu de mal !

A la même vitesse les brins de cuir du martinet disparaissaient, soi-disant mangés par le chien !

Pourtant, cela ne les empêchait pas de faire les quatre cents coups !

Une seule menace marchait à tous les coups ! Sans que j’ai besoin de courir, de hausser la voix : il suffisait d’une phrase magique !

-Bon ! Nous règlerons çà ce soir avec votre père ! Là, c’était lorsque la bêtise était d’importance et ne pouvait de toutes- façons pas être dissimulée.

 Sinon, je me contentais de menacer :

-Dernier avertissement ! Vous filez droit SINON …. J’en parle ce soir à votre père !

Et j’avais affaire à de petits anges pour le reste de la journée !

Pourtant, Robert ne les a jamais frappés autant que je me souvienne ! Lorsqu’il fallait absolument qu’il leur « passe derrière » il les menaçait de seulement deux doigts : l’index et le majeur, en leur disant :

-Regarde-moi bien en face ! Tu as bien compris ? Ne me faites pas revenir !

Oui ! Inévitablement il terminait  en s’adressant aux trois, parce-que, lorsqu’il en enguirlandait un, les trois y avaient droit ! Il leur faisait un « prix » de gros !

 Ensuite, je me faisais houspiller à mon tour ! Comme si c’était de ma faute s’il devait jouer le gendarme avec ses fils !

Il n’aimait pas cela et culpabilisait…  alors que moi…. Pas du tout !

Et c’est leur père qu’ils ont toujours le plus craint !